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En fin de semaine dernière, l’un des derniers photographes humanistes, Willy Ronis, nous a quittés. Bien sûr, ses photographies ont un intérêt documentaire autant qu’artistique. L’époque a changé, et la photographie humaniste est derrière nous, même si photographier l’humain reste, évidemment, d’actualité. Rien de bien révolutionnaire, mais une bonne occasion de visionner les images d’un grand photographe tout en parlant photographie.
PHOTOGRAPHIER SON TEMPS |
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Qui n’a pas regardé ce genre d’images avec nostalgie et envie ? « Aaah, si j’avais vécu à cette époque, j’aurais pu faire cette photographie ! » « Quelle chance d’avoir de tels sujets sous les yeux ! Le monde n’est plus ce qu’il était, et la photo non plus !… ». Selon le principe selon lequel, bien sûr, « c’était mieux avant », « c’était le bon temps », nous négligeons souvent le potentiel photographique de ce qui nous entoure, au présent. Le décor est peut-être plus chargé, la ville encombrée de voitures et les gens devenus plus méfiants, mais ce n’est que notre manque de recul qui nous empêche, souvent, de déceler le charme de notre décor quotidien. |
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Loin de céder à la nostalgie devant ces images d’autrefois, j’y vois surtout d’inestimables idées de sujets photographiques ! Pourquoi ne pas remettre au goût du jour certaines de ces images ? Et si nous nous demandions quelle serait leur version actuelle ? |
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RECHERCHER L’INTEMPOREL Cependant, l’attrait de photographies telles que celles de Willy Ronis n’est pas dû uniquement à leur ancrage temporel. Si certaines de ses photographies sont à l’image de leur époque, d’autres, au contraire semblent traverser le temps sans – presque – prendre une ride. En choisissant soigneusement les éléments à disposer dans notre cadre, nous pouvons, nous aussi, créer une image qui parlera à plusieurs générations et ramènera chaque personne qui la découvrira à son propre vécu… |
Willy Ronis |
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ÊTRE RECEPTIF A LA LUMIERE |
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Là encore, ce n’est pas une grand nouveauté ! Les photographies de Willy Ronis que j’ai mises de côté pour illustrer ce travail de la lumière sont toutes… prises en contre-jour. Ainsi, utiliser la lumière à bon escient ne veut pas dire inonder son studio de lampes et de parapluies, se déshydrater en plein soleil, ou se placer de manière à ce que la scène soit « bien éclairée » (selon un critère de quantité). |
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COMPOSER SELON DES CONTRASTES DE DENSITE En noir et blanc, il est fondamental de penser le plus possible à la manière dont les éléments vont se détacher les uns des autres. Et cette idée est loin d’être superflue en photographie couleurs ! Couleur vive sur un fond sombre, opposition de couleurs… on retrouve cette notion de contraste, que ce soit en couleurs ou en noir et blanc. Le travail tout en silhouettes de ces deux photos illustre bien cette recherche de lisibilité, de contraste. |
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UTILISER LE DECOR COMME ANCRAGE POUR L’IMAGE |
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Le terme « photographie humaniste » nous pousse à nous focaliser sur l’humain. On en oublie parfois ce qui y a autour ! Cela nous conduit souvent à négliger l’importance du décor et de la composition. Placer le personnage dans un cadre … cadre de vie, cadre photographique… cela correspond à une recherche de sens et d’esthétique. Je me suis progressivement rendue compte que les images dont on est le plus fier sont souvent celles qui présentent un personnage et le cadre dans lequel il se trouve. Ces images, souvent prises au grand angle, sont les plus difficile à composer, sans doute, et mettent en relation de nombreux éléments entre eux. Trop chargée ou mal organisée, l’image devient chaos… Mais maîtrisée, cette discipline est vraiment riche en satisfaction ! |
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Ainsi, malgré le temps qui passe et la valse des époques, malgré nos nouvelles technologies et notre société de consommation, la photographie peut s’adapter, se nourrir de son passé tout en se tournant vers l’avenir. Ces images de Willy Ronis sont riches en enseignement. Elles cristalisent ce qui fait la photo à la française, l’une des périodes les plus marquantes de l’Histoire de notre photographie. La photographie humaniste est donc un ancrage sûr et puissant pour nos images… sachons en être digne et lui rendre hommage sans la caricaturer ni en rester prisonnier ! Il est souhaitable que nos images portent les marques de cette filiation, tout en évoluant vers une photographie plus contemporaine, une photographie en phase avec son temps. |
« La photographie humaniste est donc un ancrage sûr et puissant pour nos images… sachons en être digne et lui rendre hommage sans la caricaturer ni en rester prisonnier ! »
2 grands talents ce Willy et cette Anne-Laure !! :-)
Les publicités Aubade, des parasites ? Surement pas ! :-)
Merci pour cet article, riche en enseignement.
Photographier les gens est pour moi une source émerveillement et étonnement durable.J’ai le sentiment que, dans le domaine de la photographie humaniste, tout est possible, il n’y a pas vraiment de limite à la créativité, alors que les photos de studio ou les photos posées se ressemblent un peu toutes.
Ca n’est que mon avis personnel, évidement.
Merci pour le « quote » Arnaud mais le compliment est un peu exagéré ! ;)
Ravie que tu aies accroché à mon article en tous cas.
FreZ > Oui j’aurais pu trouver piiiire comme exemple !
Nicolas > La photo est un champ immense de possibles ! Personnellement, je pense que quelque soit le domaine auquel on s’intéresse, les possibilités sont infinies. Que ce soit en mise en scène ou en photo reportage !
Il est moins difficile de se renouveler en reportage car chaque chose que l’on voit et une surprise. Lorsque l’on met en scène, il faut faire ce travail soit même.
De plus, la complémentarité de ces différentes disciplines photographique augmente encore le nombre de possibles… étourdissant !
J’ai un livre de ses images qu’on m’a offert.. W. Ronis y montre plus que ses photos puisqu’il nous offre également des planches contact, en expliquant pourquoi il a choisi une image et pas l’autre…
J’ai beaucoup aimé, quel plaisir de parler de photographie.
Ça donne envie d’être artiste, et pas technicien.
Quel bonheur une fois encore de lire cet article! D’autant qu’avant la macro, j’ai commencé la photographie par le noir et blanc et que je reste toujours très accroché à cet univers si particulier et pourtant si riche en enseignements pour la photographie couleur.
Le noir et blanc, ca devrait être … obligatoire ;)
Amicalement
Bonjour Anne – Laure,
J’ai plus que dégusté votre article sur Willy Ronis….je suis complèrtement en phase. Dans mon site que je vous invite à visiter, je parle aussi de cet « oiseau » en tentant moins talentueusement que vous de lui rendre hommage. Je vais oser copier/coller votre article dans mon site en citant clairement la source. J’aurais voulu savoir si vous connaissiez encore je dis bien encore des photographes dits humanistes contemporains? Bien à vous; et bravo encore!!!! Anne
Merci à vous pour vos réactions !
Il est évident que la photographie humaniste est très présente dans notre histoire… elle constitue les racines de la photo d’aujourd’hui. Nous sommes tous les enfants de Willy Ronis, Boubat, Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson…
Oui ! c’est sûr qu’à regarder ces images, on a envie de faire vraiment de la photographie !
Le noir et blanc est une très bonne école, je rejoins ton avis Vincent ! ;)
Anne, merci pour votre commentaire.
Je suis ravie que mon article vous ait plu et que vous souhaitiez le relayer votre blog.
Cependant, je ne permets pas le copié collé d’article sur un autre site et cela pour deux raisons.
D’une part, il est préférable et normal que vos visiteurs viennent lire l’article dans sa mise en page d’origine et sur mon propre site, puisque je suis l’auteur de ce texte. D’autre part, un « doublon » de ce genre est considéré comme « duplicate content » par les moteurs de recherche et a pour effet de nuire au référencement de mon site comme du vôtre.
Il est de coutume, pour relayer un article sur internet, de mettre en ligne un court extrait et de donner le lien qui permet de découvrir l’ensemble du contenu sur son site d’origine. Pourriez-vous procéder de cette manière ?
Merci d’avance,
Il existe sans doute encore des photographes humanistes, simplement ils ne font plus partie du même courant qu’autrefois car le décor et les gens ont changé, et la photographie aussi. Il s’agit sans nul doute d’une autre photographie humaniste.
Anne-Laure,
Je comprends tout à fait votre argumentation concernant le fameux copié/collé (à ne pas faire!); aussi ai-je procédé comme vous me le conseillez. Cela vous convient-il?
Pour votre réponse quant à la possible existence d’une autre photographie humaniste,je ne sais que dire…Les gens, le décor, la photographie n’ont pas selon moi fondamentalement changé, hormis peut-être la technologie numérique.
Photographier son temps (l’un des enseignements que vous tirez de la photographie de Willy Ronis) est de tous temps donc peu importe le décor, non?! comme vous le dites si justement aussi dans votre article. Quant aux gens…il reste des gens, y compris au 21ème siècle…bien sûr le « droit à l’image » est un obstacle (voir mon article et le film à ce sujet sur mon site)… mais contournable.
Je voulais vous dire aussi que vous avez outre un oeil de toute beauté et donc êtes une « bonne » photographe » mais aussi que vous avez de l’esprit,de la matière et un don sûr pour l’écriture. Je suis très heureuse de vous avoir découverte. Sincèrement.
J’ose une dernière chose. Que pensez-vous de mon travail? et de mon site? Soyez franche. La pommade ne fait pas progresser…sourires. Bien à vous.
Anne Verron.
La couleur est l’emprunte de notre époque, comme le noir & blanc fut celui d’une période difficile qui avait connu des guerres effrayantes. Aujourd’hui les hommes ne sont pas devenus meilleurs…. mais les guerres sont juste un peu plus loin….
« nous négligeons souvent le potentiel photographique de ce qui nous entoure, au présent. » parce que nous sommes sans doute trop pressé ? non ?
je ne crois pas que la couleur soit l’emprunte de notre époque comme dit Vulcain, elle est un certain regard surtout …
Très bon article, beaucoup de lucidité, et très convaincant tout ça…
Je voudrais revenir sur la notion de « photographie humaniste », et en particulier la place de Henri Cartier-Bresson au sein de cette « tradition ».
Pour moi HCB est une personnalité plus complexe et je doute qu’il y ait eu un souci profondemment humaniste dans son oeuvre. Il a souvent dit que ce qui l’interessait c’était la « géométrie ». L’instant décisif chez HCB est quelque-chose de précis, qui ne vise pas à traduire une expression, une humanité quelconque de ses sujets, mais bien plutôt à la mise en place fugitive d’une géométrie qu’il s’agit de capter. Je pense que les émotions, les sentiments, l’aspect documentaire ne l’interessent qu’assez peu. Il ne faut pas oublier que HCB à beaucoup fréquenté les surréalistes dans sa jeunesse et son oeuvre photographique me semble beaucoup marquée par des préoccupations purement artistique. De ce que je connais de HCB, le soucis de l’humain s’y est matérialisé surtout à deux occasions précises. Dans la thématique de l’incarcération d’une part (et sa détention lors de la guerre y est sans doute pour beaucoup) et lors de son voyage aux Etats-Unis d’autre part, où son oeuvre prend une connotation sociale/politique qu’elle a beaucoup moins ailleurs.
Donc je ne crois pas trop au caractère humaniste de HCB. Si il doit y avoir une version « humaniste » de HCB, je dirais que Helen Levitt pourrait y correspondre assez bien – et c’est assez curieux (et injuste) qu’elle soit si peu connue du grand public.
D’ailleurs à propos de HCB et Levitt il y a ces deux photos aux similitudes étonnantes « Rue Mouffetard » par HCB et la jeune fille aux bouteilles de lait par Levitt. Autant ces deux photos se ressemblent et autant je trouve qu’elles laissent des indices sur des visions finalement assez différentes. Chez Levitt le sujet est clairement la jeune fille, dans son contexte de quartier New-Yorkais populaire. Son pieds est lègerement coupé ce que l’on peut assimiler à une faute de cadrage, mais qui traduit la volonté de décrire le contexte en cadrant assez large derrière. Dans l’image de HCB on a aussi le pied coupé, mais là je pense de façon très volontaire, comme un élément de composition qui répond aux autres personnages, tous coupés d’une manière ou d’une autre également (et je ne pense pas que l’on puisse accuser HCB de bâcler ses cadrages …). Il y a une récurrence de motif, un rythme dans la photo de Bresson qui indique une préoccupation de la forme et finalement un aspect plus surréaliste que humaniste à mon avis.
Quel plaisir de lire tous ces articles sur la photographie, conseils et références.
Je ne suis qu’amatrice depuis peu en la photographie, la créativité et l’originalité me plaisent. Pâte à modeler, bijoux à perles, la cuisine, demandent ces mêmes critères il me semble , et ont enchanté ma jeunesse (qui n’est d’ailleurs pas terminé !!). Maintenant la photographie. Quel domaine si vaste, où je m’y perds un peu! Votre site ( connu via Laurence ) est enrichissant et m’aide à y voir plus clair ! Même si ( encore et toujours ) , on ne peut rien apprendre sur la création et l’originalité , c’est ihné selon les personnalités!
Merci à vous .
Camille