Rencontres et Hommages

Rencontre avec Florian Launette, photoreporter.

La photographie de presse m’a toujours laissé sur mes gardes. La suprématie du sujet, un esthétisme parfois douteux, négligé au profit de l’information … voilà un peu la manière dont je considérais les choses…
Et peu à peu j’ai compris que, comme dans toutes les disciplines, et comme dans les autres branches de la photographie, il y a des bons, des très bons et des beaucoup moins bons !
Et il est vrai que le foisonnement d’images que nous subissons chaque jour ne laisse que peu de place, en proportion, à la très bonne photo de presse.
Et pourtant, il y en a bien sûr !

Rencontre avec l’un de ses représentants passionnés : Florian Launette.

Reportages en milieux extrêmes à l’autre bout du monde, ou matchs de l’OMportraits de people ou photographie de guerre ou de catastrophes, Florian Launette étonne par l’eclectisme de ses sujets et la diversité de ses approches.
Maniant le noir et blanc aussi bien que la couleur, mettant en valeur l’humain sans jamais oublier le décor, ce photoreporter travaillant, entre autres, à La Provence a plus d’un tour dans son sac photo !

Distillant d’assez rares mais précieuses chroniques sur son blog « Cadre/HorsCadre », il accompagne ses images de mots puissants et évocateurs.
Plus qu’une photographie … une philosophie !

 

La photographie est-elle, pour vous, davantage un outil de témoignage, une discipline esthétique ou un moyen d’expression ?
 
Elle forme un tout indissociable. Elle est unité, indivisible.
Elle offre à celle ou à celui qui la pratique la chance unique de toucher au sublime, au terrible, à l’infiniment grand ou à l’infiniment petit, au divin.
Elle crée ce que j’appelle « de brefs instants d’éternité. »

Alors, oui, la photographie peut être un mode d’expression esthétique dont la pleine mesure est révélée par son  auteur, témoin forcément privilégié de cette métamorphose de la lumière et de la vie qui la reflète en image sur une surface sensible ou numérique.

En photographie de presse, préférez-vous traiter l’ambiance ou l’événement ?
 
Une fois encore les deux. Je ne peux pas séparer ce qui, dans mes yeux, forment un tout.
Photographier c’est vivre les yeux grands ouverts…
Et il suffit de voir pour que la beauté existe et que notre univers apparaisse dans toute sa clarté.

Chaque événement, quelle que soit son importance se vit, se comprend, se ressent à travers les ambiances que l’on doit transmettre.
C’est le rôle essentiel du reporter de presse. Aider à mieux comprendre, à mieux sentir, à mieux voir chaque moment grave ou non du monde qui nous entoure.


 

Sur votre site, vous rédigez toujours un texte pour accompagner vos photos, souvent fort et évocateur : est-ce que la photo ne peut se passer de mots ?

Qu’apporte le texte que ne peut exprimer l’image ?
Et inversement, qu’apporte l’image que ne peut exprimer le texte ?

 
La photo peut, c’est entendu, très bien se passer de texte et inversement.

Je pense simplement que les deux combinés donnent une idée, une force, une émotion, un ressenti si puissant qu’ils peuvent bousculer nos horizons, les élargir, les déchirer.
J’aime l’idée que la photographie et les mots peuvent créer un monde sensoriel bouleversant par une habile combinaison de fluctuations électriques déclenchées par des impressions.

 

Descartes distingue trois ordres ou réalités : la chose telle qu’elle se donne dans la perception, cette même chose telle qu’elle est en elle-même et telle qu’elle affecte les organes sensoriels de mon corps, et enfin la «  vraie image  » de la chose, que seule, je pense, la photographie peut fournir.

Bref, si nos appareils photos peuvent être des machines anamorphiques il se pourrait que la pièce maîtresse de cette fabuleuse machine soit le langage écrit tout simplement.
J’aime cette idée/image.

Quelle est votre manière de saisir l’instant décisif ? Vos astuces pour être là au bon moment, pour faire la bonne image ?
 
Etre là, simplement.

Vous dites « il y a seize ans, j’entrais en photographie » …

Est-ce une vocation ? un art ? un métier ? 
Est-ce une façon de vivre ?
(Les récits qui accompagnent vos photos sont très « émotionnels » et l’on peut se demander si vous photographiez principalement pour vivre ces choses… ou si vous les vivez pour les photographier…)

Comment imaginez-vous la photographie dans 20 ans ? 
 
La photographie est l’essence même de ma vie.
Elle fait battre mon cœur, circule puissamment dans mes veines, électrise mon corps, donne un sens à ce que je suis.

Sans elle, c’est l’obscurité, les ténèbres. Elle inspire chacun de mes actes.
J’aime.
 
Imaginer la photographie dans 20 ans ?
Impossible de mesurer cet infini qui nous sépare, alors…
Passe temps.

Merci beaucoup à Florian Launette, Adjoint au Chef du Service Photo du Journal La Provence, pour ses réponses passionnées et passionantes à mes questions, qu’il a qualifiées de « pertinentes, percutantes, déroutantes… »

Courez le retrouver sur son site afin de partager un peu de son quotidien de photographe, ses conseils avisés et déguster ses images intenses !

Toutes les images sont bien entendu (c) Florian Launette.

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Discussion

11 commentaires pour “Rencontre avec Florian Launette, photoreporter.”

  1. Tu en as de la chance de rencontrer de telles personnes !
    Bel entretien, les questions et les réponses sont très intéressantes. J’accroche vraiment à ses photographies.

    La question sur la différence de la photographie et du texte me rappelle une problématique que j’étudie en ce moment en littérature avec Diderot concernant les arts plastiques et le texte littéraire.

    Tes billets me poussent à réfléchir sur le statut de la photographie et c’est passionnant de voir sa conception s’enrichir au fur à mesure des découvertes.

    Peut être qu’un jour (je compte m’y mettre à la rentrée prochaine en fait, j’ai malheureusement trop de travail en ce moment), je dépasserai le stade photo de vacances.

    Posté par Lluciole |
  2. Pourquoi ne pas commencer en faisant des photos de vacances « autrement » ? :o)

    Posté par El_choup |
  3. Ça serait un bon début en effet ;) Mon plus gros problème, c’est que j’ai du mal à juger mes photos, certaines sont tellement chargées émotionnellement que je ne peux pas m’empêcher de les trouver réussies, alors qu’elles sont en fait banales peut être.

    Me reste déjà à commencer à en reprendre, je suis une grande timide en ce qui concerne la photographie. Je suis incapable de prendre des photos si quelqu’un m’accompagne, ou si je me sens observée. C’est bien dommage parce que sur mes trajets, je trouve plein de lieux et de moments que j’aimerai immortaliser. Mais on s’écarte du sujet du billet :)

    Posté par Lluciole |
  4. Formidable découverte, je suis bluffée !
    Merci Anne-Laure pour cette interview de qualité !!

    Posté par barbarette |
  5. ah oui, belle trrouvaille, je vais de ce pas voir son blog !
    Bises

    Posté par Marie |
  6. Merci pour cette entrevue.

    Posté par Pierre |
  7. c’est une belle rencontre. ces photos sont très belles.

    Posté par laé |
  8. Lluciole > C’est en effet très intéressant de communiquer avec de telles personnes ! Bah dis donc, si on t’a rappelé Diderot… la claaaaasse !!
    J’espère en tous cas que ça te donnera envie de faire des photos différentes, pensées différemment !
    On n’a pas forcément besoin de juger ses photos : on a le droit d’aimer celles qui ont une forte charge émotionnelle ! Mais au fur et à mesure, on apprend à prendre du recul pour savoir celles ci sont de bonnes photos indépendemment du contexte de prise de vue.
    En tous cas, il ne faut pas que ça t’empêche de faire des photos !
    Moi aussi je suis un peu timide mais je me soigne ! ;)

    El Choup > Tu m’enlèves les mots de la bouche !!! ;)

    Barbarette, marie, Pierre, Laé > Merci pour vos commentaires !
    Ravie de vous avoir fait découvrir ce photographe !
    Des photos fortes et une sacrée vision de la photographie !!

    Posté par Anne-Laure Jacquart |
  9. Je demanderai des avis si je m’y mets, même si ça me semble pas évident d’exposer son travail au regard de tout le monde.

    D’ici là, faut que je recharge mon APN et que je le prenne avec moi. Je regrette constamment de rater des instants éphémères faute d’appareil. C’est assez rageant.

    Et merci encore pour cette découverte :)

    Posté par Lluciole |
  10. quelle belle initiative. j’aime lire les interviews de photographes, découvrir leur ressenti et leur approche, c’est toujours intéressant. merci de nous faire partager son travail!

    Posté par nissou* |
  11. En lisant tes articles toujours aussi passionnant, je suis tombé sur celui-ci alors que j’ai découvert cette semaine le travail remarquable de florian Launette, et j’ai admiré son blog aux photos et textes magnifiques, voici l’adresse : http://blogs.laprovence.com/comptes/FlorianLaunette/index.php

    A bientôt .

    Posté par didier |

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