Au Quotidien

Zazie dans le métro

Les photographies faites dans les transports en commun ont vraiment quelque chose de particulier.
On se trouve rarement aussi proche d’inconnus que dans le métro où la promiscuité peut parfois se transformer en « intimité photographique ». Les gens sont dans l’attente, pensifs, et leur mode vestimentaire, leur posture, leur attitude en disent souvent long sur eux.

Cette petite fille a attiré mon regard par la fraîcheur qu’elle donnait au métro avec ses cheveux bouclés, son beau visage, sa jupette estivale. Protégée par sa maman au milieu des mecs en « jean tee-shirt casquette », il m’a semblé voir une « Zazie dans le métro » de notre époque (présence de la maman exceptée).

J’ai cherché à fermer l’image avec le jeune homme à la casquette à gauche et à faire en sorte que les différents protagonistes soient tous visibles, que leurs présences s’organisent harmonieusement dans l’espace.

Le jeu des regards est assez amusant car tous les personnages regardent vers le fond à gauche de l’image quand « Zazie », elle, se tourne davantage vers moi et regarde vers la droite.
J’ai souhaité renforcer son indivualité, son indépendance d’esprit (et de regard) en mettant en valeur sa tenue rouge et en accentuant le contraste des couleurs grâce à cette tonalité bleutée que j’apprécie en ce moment.

Cela donne une image à la fois réaliste et rêveuse… un grand écart que j’aime assez réaliser !!

 

« Comme concitoyens et commères continuaient à discuter le coup, Zazie s’éclipsa.
Elle prit la première rue à droite, puis la celle à gauche, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle arrive à l’une des portes de la ville.
De superbes gratte-ciel de quatre ou cinq étages bordaient une somptueuse avenue sur le trottoir de laquelle se bousculaient de pouilleux éventaires. Une foule épaisse et mauve dégoulinait d’un peu partout. Une marchande de ballons Lamoricière, une musique de manège ajoutaient leur note pudique à la virulence de la démonstration.
Emerveillée, Zazie mit quelque temps à s’apercevoir que, non loin d’elle, une oeuvre de ferronnerie baroque plantée sur le trottoir se complétait de l’inscription MÉTRO.
Oubliant aussitôt le spectacle de la rue, Zazie s’approcha de la bouche, la sienne sèche d’émotion. Contournant à petits pas une balustrade protectrice, elle découvrit enfin l’entrée. Mais la grille était tirée. Une ardoise pendante portait à la craie une inscription que Zazie déchiffra sans peine. La grève continuait. Une odeur de poussière ferrugineuse et déshydratée montait doucement de l’abîme interdit.
Navrée, Zazie se mit à pleurer. »

Raymond Queneau

Si la petite « Zazie » se reconnait et que ses parents ne souhaitent pas que cette photo reste publiée ici, qu’ils n’hésitent pas à me contacter !

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Discussion

10 commentaires pour “Zazie dans le métro”

  1. Jolie composition et le rendu accroche bien l’oeil.
    Ce qui m’interpelle, c’est ce côté menaçant que tu sembles avoir ressenti et voulu mettre en avant (la maman qui protège sa fille des mecs en jean-casquette). Ca vient d’où ?

    Posté par FreZ |
  2. Magnifique !

    Posté par El_choup |
  3. Superbe image! J’adore ces scènes anonymes où un seul regard se détache pour regarder le monde autrement! Un genre qui me tente, auquel je m’essaie de + en +, et que tu maîtrises parfaitement. Merci pour cette belle photo.

    Posté par cathy B |
  4. belle réussite.
    ce bleu gris donne un anonymat certain également.

    Posté par max sauter |
  5. Magnifique !

    Posté par Marc-O |
  6. Pour moi, la photo se suffit à elle-même, superbement cadrée, l’oeil est attiré par la petite fille et c’est sans doute ce qui vous a émue. Je partage donc l’impression ressentie par FreZ de menace, d’oppression, de malaise due essentiellement au post traitement. Mais alors, pourquoi forcer le trait ?

    Posté par gerroq |
  7. J’adore l’ambiance oppressante de la photo et la petite fille colorée me fait penser à une scène du film « la liste de Schindler » où seul le manteau d’une fillette est rouge (quand les soldats nettoient le ghetto de Cracovie). C’est un peu l’innocence enfantine parmi le monde inquiétant et dangereux des adultes.

    Par contre, je trouve bizarre les lèvres colorées. J’aurais vu sois juste les vêtements en couleurs, soit toute la petite fille en couleur (peau et cheveux colorés, cependant ce deuxième cas ferait une trop grande zone colorée sur la photo).

    Posté par Le P'tit Nicolas |
  8. extra, le traitement des couleurs !

    Posté par Marie |
  9. Je suis incapable de prendre en photo des gens dans le métro.
    Paralysé par le fait de devoir faire face à un gros lourd qui me prend la tête :)

    Posté par Riri |
  10. Magnifique ! Mais je suis comme Riri : incapable de prendre les gens en photo en face d’eux ! Comment as-tu fait ? Ils ont bien du te voir travailler, non ? ils ne t’on rien dit ?

    Posté par Alain Plouviez |

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