Au Quotidien

Comme un tableau abstrait…

Souvent, la photographie est ce qui révèle.

Elle nous fait voir ce que l’on a sous les yeux depuis plusieurs minutes, plusieurs heures… ce qui nous attend depuis des années !
Je me demande toujours pourquoi le regard voit quelque chose un jour, quand il était aveugle la veille.
Il suffit de tellement peu de choses : un état d’âme, une vigilance, un oeil bienveillant, ou un rayon de lumière….

Cette photo n’a rien d’exceptionnel.
J’aime assez son côté « tableau abstrait » : oeuvre d’art moderne sous mes yeux depuis plus de 25 ans, changeant au gré des saisons, au fil de la journée, dépendant de la position du spectateur qui peut faire lui-même se mouvoir les tâches colorées par son déplacement.

Cette porte a vu tant de choses de part et d’autre de sa vitre… Combien de fois a-t-on joué, enfants, à coller nos mains et notre nez sur ce verre « cathédrale », déformant de manière plus ou moins charmante nos visages et notre vision ?
Cette vitre a, de plus, été à l’origine d’une des séries les plus caractéristiques de mon papa, photographe amateur depuis bieeen plus longtemps que moi.

Souvent, on a photographié des choses derrière la porte.
Pour jouer sur la déformation… Et nos essais empiriques étaient bien plus jouissifs que l’utilisation d’un filtre photoshop !!

Mais cette fois-ci, j’ai souhaité photographier la porte.
Qu’elle soit elle-même le sujet de l’image, agrémentée de ces tâches de couleurs volées au décor. La mettre en scène comme un tableau à la forme étrange par cette compo façon « cadre dans le cadre » et au sujet mystérieux

Comme quoi, un même élément peut traverser le temps, inspirer des photographies bien différentes selon la personne qui s’y intéresse, le contexte, la sensibilité du moment.

Héraclite affirmait que l’on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, et c’est vrai pour le photographe comme pour toute autre personne !
Tout change autour de nous, et plus marquante encore que celà, il y a notre évolution
Notre caractère, notre intérêt, notre perception se renouvellent au fil du temps et sont garants du fait que l’on ne puisse jamais faire deux fois la même photo

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Discussion

7 commentaires pour “Comme un tableau abstrait…”

  1. Bonjour Anne-Laure, je reviens sur tes pages, et je suis toujours fascinée, quel que soit ton post. Tu dis ici que la photo n’a rien d’exceptionnel, mais moi je trouve que oui, surement par ce que tu la décris, tu la fais vivre et c’est un sentiment fantastique. Cette vitre qui appartient à ton regard, celui de ton père, devient à nos yeux une âme qui a vécu. J’aime beaucoup ce que tu écris, comment tu la présente et ce qu’elle dégage. Les couleurs magnifiques et la lumière, tellement de lumière… C’est ça oui, parfois nous passons une vie à côté de chose et plus tristement de personne aussi, que nous oublions de voir vraiment. C’est très beau et émouvant. Je souhaitais te le dire. Bonne journée.

    Posté par Peggy M |
  2. Eh oui Anne-Laure, la photographe ne se baigne pas deux fois dans la même lumière !

    Beau texte et belle photo. Je préfère nettement la photo de la porte car le cadre soutient l’abstrait et finalement le renforce, au lieu qu’on se perde dedans.

    Pour le même genre de raisons, je place souvent dans mes photos abstraites un élément reconnaissable, qui accroche le regard et donne le point de repère nécessaire pour se laisser aller.

    Et quand c’est totalement abstrait, il est important que cela soit très structuré, comme une composition de peintre. Du moins, c’est mon impression.

    Posté par Didier Vereeck |
  3. Je n’ai pas résisté au plaisir de venir découvrir ton blog; Je ne croise pas souvent de photographes blogueurs , alors j’en profite. J’adore les photos qui donnent à rêver et en plus en couleurs. Ton texte ajoute à cette poésie, avec tous les souvenirs que l’on imagine. Je vais revenir passer du temps chez toi. Merci.

    Posté par radzimire |
  4. Comme tu as raison Anne-Laure : le nombre de photos émanant de photographes talentueux que je découvre en me disant « bon sang, le sujet est tout bête, j’aurais pu passer 100 fois devant sans même le remarquer et pourtant que la photo est belle ! »
    La photo que tu nous livres en est un exemple parfait : une photo issue du quotidien, celui que l’on ne remarque même plus… Et pourtant, comme elle est jolie ! Il faut dire qu’on retrouve ta capacité à cadrer juste dans cette photo d’apparence facile.
    Pour moi, tout le talent est là : voir ce que les autres ne voient même plus. Avoir en quelque sorte conservé intacte cette capacité qu’ont les enfants de s’émerveiller.
    Joyeuses fêtes !

    Posté par Raynald (rax) |
  5. Oui, oui, et re-oui, la photo c’est ça : voir et montrer notre monde sous un jour qui nous est personnel, avec notre sensibilité, quel que soit l’endroit, le point de vue, si l’intention est là, on y sera sensible.
    Et tu y arrives particulièrement bien !

    Posté par David |
  6. j’aime !!! forcément hein !
    Magnifiques, tes deux images toute simples.
    J’espère que toi aussi tu as passé de bonnes fêtes. Je pars pour quelques jours en Blegique (je devrais déjà être partie, mais les routes sont mauvaises, j’en profite pour m visiter qqs blogs !)
    Bises

    Posté par Marie |
  7. Bonjour !
    Eh bien, ravie que cette photo, ainsi que le petit laïus non prémédité qui l’accompagne vous aient plu !

    Peggy > Merci pour tes compliments ! C’est vrai qu’avec quelques mots, on apporte autre chose que la photo. C’est important d’essayer d’être le plus vigilant, le plus ouvert à ce qui nous entoure… Mais tu m’as l’air de bien y réussir ! :)

    Didier > Jolie formulation aussi !
    En fait, la seconde n’est pas vraiment une photo, c’est plus un crop pour mettre en valeur la déformation, le patchwork de couleurs et accompagner la première. Mais je suis tout à fait d’accord qu’en tant que photo, elle manquerait d’une compo forte, d’une structure.
    Je pensais justement à toi quand j’ai mis en ligne cette photo, je me demandais si tu régirais : déformation par l’eau, la glace ou le verre cathédrale… on y trouve des variantes et des constantes !

    Radzimire > Les blogs photographiques sont malheureusement bien souvent descriptifs, et, de plus, peu bavards… J’essaie humblement de faire un site tel que je souhaiterais en trouver sur le thème de la photo lorsque je me balade sur le web…

    Raynald > Oui c’est ce qui fait la force de bon nombre de photos : la simplicité, l’évidence. Parfois, je me dis que je manque de sujets, qu’il faudrait travailler sur des sujets forts, à la manière des photoreporters, photographier des gens qui sont dans les extrêmes, qui ont une plus forte personnalité, des situations emblématiques…. mais finalement, la photo du quotidien, ça a sa force aussi, même si c’est beaucoup moins spectaculaire !
    J’espère toujours réussir à m’émerveiller: être curieuse, apprécier ce que l’on a sous les yeux et en retirer une vision étonnante, au delà du quotidien de ce qu’on ne voit plus.

    David > Tout à fait ! Tout à fait !
    Je pense aussi que c’est la sensibilité (l’émotion subjective) que l’on met dans une photo qui peut faire en sorte que cela raisonne chez les autres, que cela parle à leur propre sensibilité.

    Marie > Eh eh ! Couleur quand tu nous tiens ! ;)
    Bonne escapade !

    Posté par Anne-Laure Jacquart |

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