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Schizophrénie photographique

Je vois des lignes, des formes, des couleurs…
J’aime les pétales, les lumières électriques, les silhouettes indistinctes…
Je travestis le décor, j’y appose mes couleurs, j’oublie tout du contexte.
J’imagine un fantôme, un héros en quête initiatique, un manoir oublié…

Mes rêveries photographique me semblent être les images qui me ressemblent le plus.
Non descriptives à tout prix, aux compositions sobres et directes, aux ambiances intemporelles, oniriques, ces photographies sont sans doute mon évasion, ma manière de me détacher en quelque sorte de ce qui m’entoure et de modeler le monde à ma manière

 

Mais…
Je vois aussi des affiches décollées, des mégots qui traînent, des tags sur les murs sales des villes…
J’aime le symbolisme des logos, l’ambiance terre à terre du métro, les craquelures dans le goudron…
Je croise des gens qui font leurs courses, des enfants qui sortent de l’école… Je pense aux photographes humanistes, à la véracité crue de leurs images, à notre société que l’on délaisse au profit des people, aux gens que l’on oublie derrière le « pouvoir d’achat »…

Est-ce un besoin, une envie, une lubie récurrente que ces phases de « photographie réaliste » ?
Une manière de s’ancrer à nouveau dans ce monde dont il faut bien faire partie avant de le fuir, encore une fois, au profit de ces histoires dont on peut inventer la fin ?
Mes exigences photographiques, esthétisme, rapport au sujet, créativité, concept, bagarrent et s’entremêlent pour m’offrir d’innombrables possibles… ou me perdre dans leurs dédales insondables…

Alors je me demande…

Cette schizophrénie photographique est-elle une course épuisante derrière deux lièvres à la fois ou une manière, pour moi, d’établir un certain équilibre ?

Le tableau présent sur la première photo est une oeuvre d’Olivier Suire Verley.

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Discussion

7 commentaires pour “Schizophrénie photographique”

  1. Va pour l’équilibre. Je n’ai jamais été attiré par le monde réel, et c’est pour ça que j’ai commencé la photo (logique). Mais si tu as un moyen de tirer tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, alors profites-en. J’ai toujours préféré les contrastes et les grands-écarts =)

    « Modeler le monde à ma manière ». Oui, voilà.

    Posté par Gëist | juin 15, 2009, 13:05
  2. J’aime beaucoup la deuxieme photo. je trouve que la saturation des couleurs lui donne plus plutot un effet surrealiste!

    Posté par Celine in London | juin 15, 2009, 14:06
  3. Jolie, l’idée de la première photo :)

    Posté par FreZ | juin 15, 2009, 15:56
  4. L’équilibre dans la diversité, oui, pas forcément de la schizophrénie à mon avis.
    Il ne manquerait plus qu’il te soit interdit de laisser libre court à ton imagination, si fertile !

    Encore deux belles images !

    Posté par David | juin 15, 2009, 16:53
  5. Dans ce cas, tous les créateurs sont schizophrènes, non ? Et alors ? il faut croire que ça plait la schizophrénie et que beaucoup l’encouragent ! Ce n’est donc pas grave, Anne-Laure, c’est au contraire normal …

    Entre nous, la seconde photo est une parfaite illustration de l’état du PS et j’ai 2 interprétations possibles : Soit, je peux croire, vu le traitement que tu as fait, que cette photo a été prise il y a 30 ans. Dans ce cas là, elle reflète l’émergence d’un parti, de l’espoir, la jeunesse. Soit, elle reflète une nostalgie de ce qu’a été le pS et les affiches sont sur le point de disparaître … En tout cas, c’est un superbe témoignage !

    Posté par Laurence | juin 16, 2009, 13:11
  6. Je comprends tout à fait ton propos, Anne-Laure. Je pense que c’est assez rare d’avoir ces deux visions réalité / rêveries. Il me semblait que l’on était une sorte d’équation avec ces deux variables, l’une plus prononcée que l’autre. Une sorte de panachage entre la réalité et l’imaginaire.
    Mais il est vrai qu’au fil des images que tu nous proposes, on ressent bien cette dichotomie. Cela dit, j’ai envie de tempérer par une évidence : tu ne photographie jamais la réalité, mais le plus souvent ta réalité. Et ta réalité est forcément influencée par ton imaginaire. Parce que la réalité que tu photographies est, à l’arrivée, le plus souvent empreinte de poésie (or, la réalité est rarement poétique).

    En tous les cas, j’aime beaucoup la première photo que tu proposes. Elle constitue une sorte de contre-pied, une réalité qui chavire, la perte de repères. C’est un thème que je sens effectivement très présent dans tes photos et qui me plaît au plus haut point.

    Posté par Raynald | juin 17, 2009, 9:53
  7. Bon eh bien on dirait que je peux éviter la consultation d’urgence chez le psy !!… me voilà rassurée.
    C’est vrai que les gens voient la photo de manière tellement réductrice… que c’est réellement jouissif que de prendre le contre-pied de tout cela par l’imaginaire !
    Mais ils sont aussi, le plus souvent, tellement peu soigneux dans leurs prises de vue que c’est également un plaisir que de s’atteler à la photo réaliste tout en jouant sur les compos et en y apportant un peu de poésie (dont, comme dit Raynald, je ne peux pas me passer !…).
    C’est peut-être cela alors mon unité d’approche ? Une certaine poésie photographique ?

    Le contraste, la composition, les couleurs… on a une telle satisfaction quand chaque maillon de la chaîne nous semble avoir été travaillé, pris en compte !

    Je photographie « ma réalité », c’est vrai… après tout, ne conjuguons-nous pas cela au présent du subjectif ? ;)
    La première photo illustre peut-être une envie que l’imaginaire envahisse la réalité… plutôt que l’expression artistique soit toujours tellement rattachée à la réalité sans savoir s’en détacher !

    Peut-être puis-je panser ma schizophrénie naissante en me demandant si notre réalité n’est pas, en effet, une caverne allégorique ?! ;)

    Posté par Anne-Laure Jacquart | juin 18, 2009, 9:03

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