Billets d'humeur Photo

« Photographie », un terme fourre-tout ?

Photographie”, voilà sous quel terme je crée, que ce soit professionnellement ou personnellement… Que ce soit pour réaliser une image “papier glacé” ou une ambiance texturée ! Qu’il s’agisse de ma photo brute de capteur ou de ma production finale
C’est également sous ce terme que mes voisins immortalisent leurs anniversaires, que Man Ray a créé sa femme violon, que Robert Capa a saisi les images d’archives irremplaçables du Débarquement

La “photographie” est, comme c’est le cas pour de nombreuses mots de la langue française, le nom d’une discipline et de ce qui en résulte

Derrière ce mot, “photographie” se cachent toute une diversité de rendus, d’expressions, d’intentions.

Dans d’autres domaines, des distinctions se sont créées.
Littérature, poésie, théâtre, journalisme pour ces moyens d’expressions qui se servent des mots.
Peinture, dessin, croquis, illustration pour ces évocations picturales, par le trait, la couleur, la matière.

Mais “photographie” est un terme galvaudé, utilisé à tort et à travers pour tant d’utilisations différentes qu’il semble en avoir perdu tous ses titres de noblesse.
A l’ère du numérique, la “photographie” est un acte facile … même notre téléphone sait le faire ! Puisque l’on appelle “photo” les bouilles floues, déformées par le grand angle, d’une couleur douteuse de nos potes en soirée, comment pourrait-on encore penser que la “photo” peut s’exposer dans les musées ?!

Bien sûr, cette position peut sembler un peu provocatrice, et mon argumentation un chipotage un peu futile. Mais la richesse du vocabulaire n’est pas aussi anodine qu’on pourrait le croire !
Des mots différents, cela permet de faire des distinctions, d’apporter des informations, de structurer les choses dans la réalité.

L’art des images ne manquerait-il pas de vocabulaire ?!

Alors, les compléments du noms, adjectifs et autres qualificatifs vont bon train : on fait tantôt de le photo de mode, de la photo de paysage, du photojournalisme, de la photo souvenir … mais le qualificatif lui-même est souvent difficile à trouver, réducteur et relatif au sujet, mais jamais à l’intention, au niveau créatif, au rendu.

De plus, se trouver un nom qui convient pose parfois problème. Faire de la “photo artistique”, par exemple, cela ne semble-t-il pas, à cause de cette appellation un peu pompeuse, l’acte d’une personne à l’orgueil surdimensionné qui imagine déjà ses oeuvres sur les cimaises d’un musée ?

Et n’utiliser que ce terme nu “photo”, nous donne bien souvent l’impression de dévaloriser notre travail
Une abréviation, qui plus est, cela peut-il désigner une discipline artistique honorable ?!

La “photographie” est totalement rentrée dans les moeurs, elle s’est formidablement démocratisée, et c’est, bien sûr, une chance!
La photo est à la portée de tous, de 2 à 177 ans, toutes catégories sociales confondues !

Et pourtant, nous ne faisons pas tous les mêmes images !

Seul garde un peu de cachet le terme “photographe”, utilisé comme la dénomination d’un métier, sous peine de se voir accoler un encombrant “amateur” qui nous ramène à la case départ.
La distinction se fait donc sur la fonction et non sur la qualité des images.
Le spécialiste des packshots de supermarchés a droit à sa dénomination, quand Elena, yann, Jerry, aux quatre coins du monde, postant leurs images sur flickr ne peuvent pas réellement l’utiliser … Ils « font de la photo »…

Alors que doit-on dire quand on fait de bonnes photographies, des vraies ?!
Ou devrait-on trouver un autre terme pour les images qui nous passent continuellement devant les yeux sans attirer notre regard ?

Hélas ! Le vocabulaire ne se choisit pas! ! Il est le reflet de la manière dont les choses se passent en réalité

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Discussion

22 commentaires pour “« Photographie », un terme fourre-tout ?”

  1. Ouh la, je lis, je relis, je suis très loin de ces considérations n’étant que « plus qu’amateur ». En fait, je ne suis pas très sûre de comprendre ce que tu veux exprimer au final. La pauvreté du vocabulaire photographique qui dissimule une variété de pratiques ? en fait ça me semble la même chose dans les autres disciplines. Le peintre amateur doué ou pas, le peintre professionnel doué ou pas…
    Bref, j’ai pas tout compris, mais j’adore toujours tes images d’illustration :) Bonne fin de we !

    Posté par Anne | octobre 25, 2008, 20:37
  2. Une réfléxion plus qu’intéressante.
    Au début de ton article, je me suis tout de suite dit « oui, mais c’est peut-être grâce à ce côté « fourre-tout » que la photo est complétement démocratisée »… Et je n’ai pu m’empêcher de sourire pour moi-même lorsque, précisément, tu as abordé cet aspect.
    Alors, tu as raison : on pourrait se dire « à quoi bon les mots, seule la réalité compte », mais les mots ne sont pas neutres et comme tu l’écris si bien, ils structurent la réalité.
    Ton blog n’a pas fini de me surprendre : ce soir, j’y étais venu découvrir de nouvelles images, j’en repars avec autre chose, mais je ne suis pas déçu, au contraire !

    Posté par Raynald (rax) | octobre 25, 2008, 22:05
  3. C’est parfois ce que je ressens quand j’explique que je suis photographe amateur. J’utilise le terme amateur pour dire « qui aime la photographie » mais cela résonne très vite comme « débutant ».

    Posté par Stéphane | octobre 25, 2008, 22:52
  4. Ben je ne suis pas d’accord.

    Un photographe fait des photos et ce n’est pas un terme galvaudé. Le peintre renvoie aussi à une multitudes d’activités (peintre en bâtiment, artiste peintre, peintre en lettres, etc) , d’usages de techniques (à l’eau, à l’huile, au pinceau, au rouleau, etc) et de talents depuis le peintre du dimanche jusqu’à l’artiste reconnu.

    Tu parles des sujets photographiés ou des activités principales de photographes en critiquant l’emploi de termes comme photographe de mode ou photojournaliste mais, là-aussi on a le même cas pour certains peintres plutôt portés sur les paysages ou portraitistes.

    Tu regrettes le manque de termes pour expliquer un rendu, une volonté créative. Mais non, les termes ne manquent pas depuis le pictorialisme (fin 19ème) et parfois on pourra utiliser pour la photographie les mêmes courants qu’en peinture.

    Quant à séparer le bon grain de l’ivraie, c’est un faux problème :
    - pour la photo à vocation « utilitaire » : ou bien le pro fait mieux que l’amateur ou pas (dans le second cas, il devra changer de métier…)
    - pour de la photo à vocation « artistique » : aux galeries, collectionneurs et critiques de faire leur choix (mais c’est le cas aussi pour la peinture depuis plus de 50 ans).

    Pour me faire pardonner (et comme tu as tout lu jusqu’en bas) je peux t’inviter à Paris Photo gratos vu que l’invitation est pour deux ;)
    A+

    Posté par photoculteur | octobre 25, 2008, 22:53
  5. Tu sais ce qui se passe vraiment dans notre « ère » ?… la photographie est devenue « mécanique », engendré par un doigt, quel qu’il soit », sur ce petit bouton Ô combien fantastique qui gère à lui seule un automatisme ahurissant de cadrage, réglages et même déclencheur de lumière pour que la scène soit moins noire… Aujourd’hui c’est comme tout le reste, faire de la photo, de la vidéo ou tout autre art, c’est devenu à la portée de tous… On oublie l’art initial, la base et le « créateur » d’un cliché, on en devient uniquement le « déclencheur ». Triste constation et mini révolution dans ton texte qui me plait énormément.
    Mais une chose qui ne pourra être automatisée, UNE chose ne pourra jamais se constater d’une prise à l’autre……….. on ne pourra pas mentir bien longtemps sur un art utopique que l’on pense avoir…c’est le talent ! Et au delà de ta technique, ton travail et ton regard, tu as le talent et ça, c’est tout ce qui fait que je suis toujours impressionnée quand j’ouvre tes pages…
    Bonne journée à toi Anne-Laure, j’espère n’avoir pas « embrouillonné » ton cerveau par mes pensées du dimanche matin. lol
    Peggy

    Posté par Peggy M | octobre 26, 2008, 8:48
  6. Je répondrai…oui et non.
    D’accord avec toi, le terme « photographie » ne se suffit plus à lui-même. Pas plus que photographe d’ailleurs.
    Mais comme le dit Photoculteur, les adjectifs sont là pour compléter, et ils ne sont pas aussi systématiquement péjoratifs je l’espère.
    La distinction entre amateur ou professionnel est symptomatique de ce débat, je crois. Je préfère un photographe amateur (ou un amateur de photo), qui n’a que la modeste (mais essentielle) intention de réaliser de bons clichés, plutôt qu’un professionnel dont le but ultime et déformé devient la rentabilité, puisque c’est son gagne-pain principal. L’un n’empêche pas l’autre, mais je pense que le numérique a grandement contribué à brouiller les limites.
    J’avoue qu’après m’être posé des questions transcendantales sur le sujet, et même si je considère comme toi que le vocabulaire a toute son importance, ce qui prime par dessus-tout, c’est cette fameuse qualité. Je ne fréquente pas FlickR, mais je ne doute pas qu’il y a de très bons clichés au milieu du tout venant numérique. Et l’observation de certains résultats de concours, m’offre certes de beaux moment de bonheur tant certains clichés sont admirables, mais me laisse aussi parfois très perplexe.
    Pour finir, tu as bien raison de te poser toutes ces questions, mais permets-moi de te dire que tu es en haut de mon classement perso !

    Posté par David | octobre 26, 2008, 10:46
  7. Pas franchement d’accord… moi je vois une nuance entre dire « je fais des photos » ou « je fais de la photographie ».

    Le premier est effectivement passe-partout, le deuxième beaucoup moins. La photographie se passe de concept, de techniques sophistiquées car les bases sont de longue date acquises et bien suffisantes. Elle n’obéit à aucune règle mais vise à un seul et unique objectif : suggérer l’émotion.

    C’est loin d’être un fourre-tout. Ce qui l’est, c’est tout le bricolage qui tourne autour, tout ce qu’on fabrique, ou tout ce qui sert à fabriquer une image. Le monde actuel est terrible, parce qu’on nous inflige à croire qu’il faut beaucoup de moyens pour faire une photographie.

    La photographie est une émotion capturée par le visuel.

    Posté par Jean-François | octobre 26, 2008, 14:53
  8. je suis d’accord avec out ce que tu as écrit plus haut, mais je ne vois pas où tu veux en venir?

    Posté par max sauter | octobre 26, 2008, 18:55
  9. Ah de nos jours, avec la démocratisation des appareils photos numériques et la facilité d’utilisation de ceux-ci, le débat que tu lances est très intéressant.

    Je suis assez en accord avec ce que tu dis dans ton article mais max sauter ci-dessus ou veux tu vraiment en venir ? Qu’espères tu pour pour l’avenir des photographes professionnels ?

    Posté par netslider57 | octobre 26, 2008, 20:00
  10. Je suis très sensible à ce sujet, ne sachant pas ou me positionner, que revendiquer… Est-ce que je fais des photos ou de la photographie ? Je suis certes amateur puisque ce n’est pas mon métier mais pour mon métier comme pour la photo, je n’ai pas eu de formation initiale, alors… J’ai l’impression que les photographes ont peur pour leur profession, peur que de modestes amateurs leur rendent le métier plus difficile, je crois que c’est un faux problème. Etre photographe comme être écrivain, c’est une passion que l’on transforme en métier, pour en vivre. Je ne vivrai jamais de ma plume ou de mon appareil mais dois-je pour autant me refuser d’être exposer ou éditer sous prétexte que je suis amateur , si ça plait ? C’est mon problème avec les pros, parce qu’ils ont fait ce choix, difficile, je l’accorde de vivre de leur passion, j’ai l’impression qu’ils regardent avec dédain les amateurs même s’il y a démarche artistique et travail derrière, ça me gène un peu, ça ressemble a du snobisme (ceci n’est en aucun cas une attaque personnelle mais plus un sujet de débat…) Bonne continuation en tout cas, ces articles sont très intéressants et formateurs.

    Posté par alice b | octobre 26, 2008, 20:40
  11. Concernant Flickr, je suis surpris que Gunthert ne soit pas cité, lui qui travaille ce sujet dans un cadre universitaire. le lien ci-dessous est ancien mais le sujet continue d’être travaillé à l’EHESS :
    http://www.internetactu.net/2006/06/08/flickr-lune-des-choses-les-plus-importantes-qui-soit-arrive-a-la-photographie/

    En y repensant je me dit aussi que historiquement la photographie s’est petit à petit démocratisée. Au début c’était une activité d’ingénieur (temps de pose, composition des bains et durée, etc) puis une activité d’amateurs fortunés (le matériel coûtait très cher et était fragile et lourd) puis vinrent les pellicules à temps de pose plus courts puis les appareils pas chers et transportables facilement puis le polaroid puis le numérique et enfin la photo comme annexe du mobile … et doublée de Flickr.

    Ce qu’on vit n’est que la suite d’un mouvement engagé depuis les début de la photo finalement.

    Bonne lecture et bonne soirée :)

    Posté par photoculteur | octobre 26, 2008, 23:21
  12. Photographier fait intervenir le cerveau droit et le gauche, les sciences dures et les sciences molles, la raison et l’intuition, le rationnel et la sensibilité.

    Tu souhaites donner un nom à chaque pratique de façon à « structurer les choses de la réalité » mais tu évoques aussi « les bonnes photographies, les vraies ». Je comprends ton désir de rationaliser les pratiques pour mieux établir les niveaux, les distinguer et partant pour mieux te valoriser.

    A mon sens il ne faut pas tout ramener à la raison. Que la technologie numérique, la rationalité des discours sur la composition, les outils web restent dans le domaine du classable, du segmentable, du quantifiable !

    Mais que l’art, la beauté, la subjectivité, l’émotion, la capacité évocatrice ne soient pas mesurables, fractionnables ne peut que me réjouir! Nous sommes humains, nous revendiquons notre part d’impartialité non explicable.

    Oui être photographe recouvre plusieurs réalités, mais la seule à laquelle tu puisses t’attacher, c’est celle de faire des photos qui relève de ta propre sensibilité, être artiste!

    Un artiste comme Picasso (je sais la barre est haute :o)) transcende toutes les frontières. On dit UN Picasso comme on dit un Cartier-Bresson.

    Etre soi représente la meilleure façon de se positionner par rapport aux autres ….

    Posté par Bernard | octobre 27, 2008, 8:51
  13. je trouve que Bernard juste au dessus dit très bien les choses. Je n’aime pas les étiquettes, et je trouve que les mots réduisent parfois beaucoup trop les choses. alors à quoi bon aller chercher midi à quatorze heure ? soit une photo, une image, nous parle, nous émeut, soit non, épicétou.
    ;o)
    biz

    Posté par Freefounette | octobre 27, 2008, 10:05
  14. Merci pour ces différents avis / commentaires / remarques !
    Je n’étais pas là ce week end pour vous répondre, mais je m’y attelle dès maintenant, histoire de réagir, moi aussi à vos réactions et de rassembler un peu les différents points de vue sur un sujet.

    Tout d’abord, il faut bien dire que les articles de cette rubrique « Billets d’humeur » ne sont pas des dissertations longuement étudiées ! Ce ne sont pas non plus des tirades écrites sous l’impulsion du moment … il y a des limites tout de même !!
    Disons que c’est un moyen pour moi d’évoquer des sujets, de soulever des problèmes, de pousser quelques coups de gueule (ou coups de coeur) et de vous les faire partager afin de nous enrichir mutuellement par la discussion qui en découle.
    Je trouve que, pour cela, vos interventions ont été très constructives !

    Je vais essayer de structurer notre réflexion en plusieurs thèmes, histoire que l’on y voie plus clair (j’avoue que mon texte partait dans différentes directions !!).
    D’ailleurs, chacun de ces thèmes pourrait faire l’objet d’une réflexion plus approfondie, de manière distincte … je verrai bien !

     

     

    UN VOCABULAIRE ESSENTIELLEMENT ATTACHE A LA TECHNIQUE

    Je pense que ce qui me titille et m’agace dans cette histoire de vocabulaire, c’est que les distinctions sont toujours techniques. Entre peinture et photographie, la technique est différente, ce qui engendre des pratiques et un vocabulaire différent. Tout comme le fait de travailler en numérique, de retoucher ses images tend à vouloir nous placer dans une catégorie à part (la fameuse catégorie « créativité » des concours photos … appellation qui ne cesse de me révolter).
    Comme si l’outil était ce qui nous permet de séparer dans différentes catégories les résultats que l’on obtient !

    De nos jours, pour qu’une chose soit nommée, il faut une technique nouvelle, ou une agence de comm qui planche sur la question pour trouver des noms porteurs ou niveau marketing pour la société de consommation. Cela m’agace un peu de voir que chaque nouveau type de voiture a son petit nom, que chaque évolution des téléphones soient entérinés par un nouveau vocabulaire, mais que les courants créatifs soient si flous et peu nommés, que les moyens d’expressions soient si peu caractérisés par des termes adaptés.
    Les artistes manquent d’une équipe marketing, d’une agence de presse chargées de trouver la formule choc qui fera que leurs créations marqueront les esprits et pourront faire partie des conversations du grand public ! (car sans vocabulaire, pas de notoriété !). D’ailleurs, l’art contemporain s’est parfois essayé à ce genre de démarche, lorsque le concept « marketing » semble passer au premier plan par rapport à la création elle-même …

    C’est peut-être la même chose dans les autres disciplines comme le souligne Anne, mais il me semble que la photographie, par ses deux pratiques majeures différentes, sans distinction de terme, que sont la photographie descriptive (de famille, de vacances, d’illustration) et la photographie créative (celle des galeries, de certains livres, parfois présente dans la pub, la mode etc) est celle qui souffre le plus de son manque de vocabulaire.
    En comparaison (et en caricaturant un peu), l’écrit descriptif se nomme le documentaire ou le journalisme, tandis que l’écrit créatif se nomme la littérature, la poésie. Le dessin descriptif se nomme généralement illustration, tandis que le « dessin » créatif se nomme peinture.

    La distinction que fait Photoculteur en photographie « utilitaire » et photographie « artistique » va dans ce même sens. Peu importe qu’il s’agisse d’un travail professionnel ou amateur, ce qui compte essentiellement, c’est l’intention du photographe et la vocation de la photo.

     

     

    METTRE LES GENS ET LES CHOSES DANS DES CASES ?!

    Bien entendu, le fait de vouloir créer des courants, des tendances, de souhaiter regrouper les choses peur rapidement tomber dans le travers qui consiste à vouloir mettre les choses et les gens « dans des cases », ce qui peut devenir rapidement réducteur comme le souligne très justement Freefounette. Sans parler du problème des inclassables qui ne sauront jamais sur quel pied danser, dans quelle catégorie se tenir ! D’ailleurs, moi-même, je n’ai pas forcément envie d’être classée ! ;)
    Contrairement à ce que dit Bernard qui pense que mon besoin de distinction vient d’une envie « d’être valorisée », je pense que ce n’est pas tout à fait le cas. Moi-même, je réalise des photographies dans les deux catégories présentées plus haut (à vocation utilitaire ou artistique). Structurer les choses ne veut pas forcément dire « établir un jugement de valeur » !
    Il est évident que, personnellement, j’accorde davantage de crédit à la seconde catégorie car le processus créatif est une des choses qui m’intéressent le plus dans la vie, m’intrigue, et que je trouve des plus honorables.
    Mais savoir analyser les besoins d’un client pour lui fournir la photographie utilitaire qui lui convient exactement, c’est aussi, pourrait-on dire … « tout un art » !!! (hum ce genre de jeux de mots risque de nous faire perdre le fil je crois !!!)

    Alors mettre les choses dans des cases, étroites et réductrices, non ! (d’autant plus que si on souhaitait le faire, ne faudrait-il pas presque autant de cases que de photographies ?!) Mais tout mettre dans le même panier, je trouve ça dommage tout de même.
    Comme on l’a dit plus haut, séparer, grosso modo, les photographies en deux catégories distinctes avec leur dénomination particulière pour s’y retrouver un peu mieux et mettre en avant le fait qu’une même technique ne renvoie pas toujours au même type de résultat, ce ne serait peut-être pas superflu ! Cela simplifierait peut-être même pas mal de choses !
    En rapport avec ce que dit Jean-François, on pourrait également séparer nos photographies entre celles qui ont pour principale vocation l’information ou l’émotion. Je pense que l’on arriverait au même classement !
    Peu importe le terme pourvu qu’on ait l’ivresse !! (créative bien sûr!)
    Bernard, il me semble que c’est le côté artistique qui ne peut pas être « dans le domaine du classable, du segmentable, du quantifiable ! » … mais ne peut-on pas regrouper tout cela dans un groupe à part ?! (même si je suis d’accord que même en deux grands groupes … on aurait toujours des inclassables, c’est inévitable !!)
    (Rassurez-vous, je n’ai pas l’intention de créer une association pour la création d’un vocabulaire spécifique lié à l’intention dans les pratiques artistique actuelles …!!)

     

     

    AMATEURS ET PROFESSIONNELS EN OPPOSITION ?

    Dans notre discussion revient fréquemment la scission amateurs / professionnels, comme devant, peut-être correspondre à notre classement précédent …. Cela voudrait-il dire que les amateurs sont toujours dans le descriptif, quand les professionnels, du haut de leur statut flatteur, sont des artistes qui monnayent leurs créations ?! Ce point de vue, pour le coup, serait sacrément réducteur !!
    Faut-il pour autant en conclure que les amateurs sont les vrais créateurs, désintéressés, uniquement poussés par le désir de créer, tandis que les professionnels ne sont que de vulgaires commerciaux, qui prostituent leur photographie ?!
    Hum, j’en suis aussi peu convaincue !!!

    Comme le souligne David, le numérique a contribué à brouiller les limites, donnant plus de possibilités aux amateurs pour affiner leur travail (s’entraîner en numérique n’est-il pas, finalement, gratuit ?), et le présenter. Ainsi, la qualité des images de certains amateurs me stupéfie parfois !!
    On oublie souvent, comme le souligne Stéphane, que l’amateur est celui qui aime, et parfois pratique, mais qu’il ne s’agit pas d’un terme dévalorisant désignant ceux qui s’essayent vaguement mais n’arrivent pas à grand chose d’honorable !!
    Et, personnellement, en réponse à ce que dit Alice, je ne pense pas que je regarde la qualité de ces productions d’un mauvais oeil ! Au contraire ! Et je sais aussi qu’on est amateur avant d’être professionnel, et j’espère de tout coeur que ces amateurs éclairés continuent à nous enchanter de leurs images.
    Et s’ils souhaitent les vendre ou se proposer pour des prises de vue, tant mieux !! La qualité des photographies et des photographies sur le marché s’en verra améliorée. Tout comme Raynald, je me réjouirais encore davantage de cette démocratisation de la photographie, si elle n’était pas synonyme de banalisation !

    Selon moi, le seul motif d’opposition entre amateurs et professionnels, en photo, ce sont les conditions de cession de photo, les tarifs. Car les acheteurs potentiels de photos profitent trop souvent de la méconnaissance des amateurs sur les tarifs pratiqués, de leur envie (tout à fait louable) de voir leur activité reconnue par une publication, d’avoir leur nom près de leur image ….! Ainsi, le marché de la photo est dévalorisé par des images cédées gracieusement (sans aucune mauvaise arrière pensée dans la tête de l’amateur) ou des tarifs défiants tout concurrence et à des années lumières de ceux pratiqués par des professionnels (qui reversent de la TVA doivent y prélever des cotisations sociales, faire fonctionner leur activité…).
    C’est ce que l’on appelle « casser le marché« , et si ce phénomène n’est pas spécifique à la photographie, notre discipline en est particulièrement touchée à cause (ou grace !) à sa démocratisation grandissante. Et, parfois, cela me donne l’impression qu’Internet est la plateforme rêvée pour les profiteurs qui souhaitent avoir de la matière à bas prix en exploitant les amateurs ! Combien de sites ont cette pratique comme fond de commerce ?!!

    Cela dit, si un amateur vend une photo de manière légale (déclarée) au tarif en vigueur à un client que j’aurais pu avoir, eh bien c’est que son image est meilleure que la mienne ! C’est de la concurrence loyale ! C’est que son travail a davantage convaincu que le mien ! Je ne peux donc m’en prendre qu’à moi-même ! (je laisse délibérément de côté les questions de réseau, de contact, de piston pourrai-je dire, qui compliquent tout de même les choses en interférant dans le choix du prestataire, parfois indépendamment de la qualité du travail présenté)

    Pour conclure sur ce point, je dirais : amateurs et professionnels, MÊME COMBAT !
    Loi d’être en opposition, nous nous devons, même, de collaborer pour défendre nos images, les faire respecter, défendre, aussi, la photographie comme un moyen d’expression (notre moyen d’expression) et non comme une technique d’illustration facile (comme le rappelle Peggy).

    Max Sauter, NetSlider, Anne, j’espère qu’après ce quelques remises au clair de mes idées (et des vôtres par la même occasion, j’espère ne pas avoir trahi vos pensées !), vous comprenez davantage où je veux en venir !
    Principalement au fait que le terme générique de « photographie » cache un peu la variété d’intentions qui s’y rattachent et que l’on peut classer en deux groupe (dans 99% des cas pourrait-on dire) : un côté plutôt informatif, descriptif, utilitaire, et un autre plus artistique, créatif, émotif.

    Posté par Anne-Laure Jacquart | octobre 27, 2008, 11:39
  15. mis à part le fait que je suis d’accord avec ton article, et que perso même si je fait des photos, j’arrive rarement à faire de la photographie (une dizaine de cliché à tout péter auquel je donne cette infime honneur sorti de mon appareil) je suis curieux de savoir comment tu as fait poru le traitement de ta première image ! J’essaye ce genre d’effets mais j’ai toujours des trucs fort peu maîtrisés.

    Posté par Fred | octobre 27, 2008, 12:20
  16. Hello Anne-Laure. Oui j’ai vu qu’on était sur la même longueur d’onde avec nos deux billets … Je n’ai pas encore mis de com car j’attends de relire le tien avec l’attention qu’il mérite. Ton sujet est passionnant et ton approche m’intéresse beaucoup. A suivre donc, et merci pour ton long com. L’idée, c’était bien d’avoir ce genre d’avis éclairé ;o)

    Posté par Catherine | octobre 27, 2008, 15:33
  17. la photo n’est pas un art noble, elle n’est que le dixième. derrière la TELEVISION !
    aie aie aie

    Posté par max sauter | octobre 27, 2008, 19:16
  18. Moui, moui, je suis beaucoup trop loin de ces considérations pour bien en comprendre le fond. Pour faire ma lourdaude, je ne vois pas le problème, le langage n’étant, par essence même, qu’une réduction de la réalité.
    Mais si tu en parles, c’est que cette distinction du vocabulaire doit être un besoin pour toi. En tous cas, c’est très chouette de voir des gens qui réfléchissent, ça fait du bien :)
    Bonne soirée Anne-Laure !

    Posté par Anne | octobre 27, 2008, 20:17
  19. Me revoili … Et je suis tout à fait d’accord avec toi ! Manque de vocabulaire, oui sans doute, avec la nécessité d’utiliser de longues et lourdes périphrases pleines de subordonnées pour arriver à dire ce qu’on veut dire. Mais je pense que le vrai problème n’est pas dans les mots mais bien dans la réalité économique. Qu’un « amateur » (pour moi, quelqu’un qui pratique la photo comme un loisir et pas comme son gagne-pain, c’est à dire mon cas, même si j’ai l’ambition de faire de la photo artistique …) ait envie de se déclarer photographe avec un F majuscule, à la limite c’est son problème. Au pire, cela fera sourire son interlocuteur. En revanche, le point que tu soulèves sur les conditions financières de l’exploitation commerciale des photos me semble bien être un problème de fond. Alors que la démocratisation de la photo et la grande qualité de nombreuses images « amateur » pourrait tirer la qualité vers le haut, et donc la valeur avec … C’est le contraire qui se produit du fait même qu’en tant qu’amateur, comme je gagne ma vie ailleurs, ça ne me gêne pas de céder mes clichés pour une bouchée de pain en échange du frisson de me voir reconnaître la possibilité d’un talent. Oui c’est dommage parce que ça fragilise l’exercice d’une profession indépendante dont les modèles économiques sont déjà difficiles à équilibrer. C’est pour ça que je trouve que tout ce qui permet une plus grande transparence est bienvenu. Savoir à quel prix un photographe travaille pour couvrir ses frais fixes, savoir combien et dans quelles conditions une agence sérieuse cède les droits des images qui lui sont confiées, savoir quels sont les ordres de grandeur des photographies de collection en fonction de la renommée de l’artiste (comme je tente de le faire aussi souvent que possible quand je parle d’expos en galeries). Il faut que l’information circule pour que chacun puisse en prendre connaissance et agir en fonction. Et après, si malgré tout des gens choisissent de casser le marché, qu’ils ne viennent pas se plaindre quand leur propre employeur leur expliquera qu’il les remplace par quelqu’un qui coûte moins cher. C’est la même logique …

    Posté par Catherine | octobre 28, 2008, 11:31
  20. Nos billets étaient donc bien complémentaires !

    Posté par Catherine | octobre 28, 2008, 11:32
  21. quelle réflexion! je n’avais jamais pensé à tout ça… c’est toujours très intéressant de te lire.

    Posté par nissou* | octobre 30, 2008, 21:06
  22. j’ai lu….ça garde modeste et évite de s’asphyxier à p… plus haut que son c..
    Merci pour l’article fort apprécié

    Posté par 10fraction | décembre 19, 2008, 9:55

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Le rose et le vert est un duo de ...
VDP fait peau neuve ! « Photographier au Quotidien avec Anne-Laure Jacquart » :)
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Il y a quelques mois, nous avons réalisé, mon ...