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Voilà une photographie qui me trouble et me plait à la fois… Pour toutes ces raisons, j’ai souhaité me replonger dans l’atmosphère intemporelle de ce passage parisien et traiter cette image en noir et blanc. Le vélo, mode de transport qui a traversé les âges… Le clodo, assis devant l’enseigne « hôtel », le vieux mec fumant sa clope du bout des lèvres à la porte du café, le passant, ignorant ce qui se trame dans son long manteau de cuir… Même à moi, il me semble incroyable que cette photo date d’il y a quelques semaines à peine. |
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La photographie humaniste est réellement mythique… La photographie humaniste, n’est-elle pas l’un des plus grands regrets de ce début de XXIème siècle ? C’est toute cette nostalgie que je ressens dans cette photographie… NB : A lire pour se cultiver sur le sujet : le dossier « La photographie humaniste » sur le site de la BNF. |
moi j’aime beaucoup. ce sont des photos ou les sentiments sont refoulés. bises
Superbe ! J’aime ces images qui vous racontent la vie. J’aime ces personnages avec une « gueule » qui porte leur vécu. J’aime ces émotions que l’ont se prend en pleine poire et qui font réfléchir sur la condition humaine. Bref, j’aime être touché par ces images qui immortalisent à jamais ces moments de grâce d’un quotidien pas toujours reluisant.
Merci de nous offrir ta vision du monde avant autant de sensibilité…
… ou quand l’image se suffit à elle même, qu’elle parle toute seule … et au plus grand nombre !
j’adore j’adore j’adore !
chaque sujet evoque un évenement à l’instant T. J’adore vraiment cette vue ou se multiplie les détails, et les histoires….
Anne-Laure,
Je crains que « le droit à l’image » ne nous autorise plus à photographier – photographier et diffuser – que des silhouettes floues, des personnages vus de dos, tronqués, en contre-jour, etc. Ne nous autorise plus à photographier qu’une vision aseptisée et guère spontanée du monde dans lequel nous vivons, une vision assez éloignée de la réalité.
Nous pouvons toujours demander l’autorisation. Ce que je fais si je photographie un clochard, mais vais-je lui demander pour autant de me remplir un formulaire…
Et si je veux photographier la Tour Eiffel une fois qu’elle a revêtu son habit de lumière, que me dit-on : que je n’en ai pas le droit. Et encore une permission à demander, une de plus ! En lisant les textes, et leur habituelle complexité, je me demande s’il ne serait pas plus prudent pour moi de ne photographier que le ciel et les nuages y paissant, en prenant bien garde de ne cadrer qu’eux.
En effet, on ne peut que constater que « droit à l’image » = mort d’une certaine photographie. Peut-être même = mort de la Photographie.
A moins que la réglementation ne change, ou du moins ne s’assouplisse fortement. On peut toujours rêver…
Les Photographes, qu’ils soient amateurs ou professionnels, ont-ils assez de poids pour « imposer » un tel changement ? Sans être trop pessimiste, j’en doute…
Tiens, je ne savais pas quoi demander au Père Noël cette année :
« A partir du moment où le photographe se situe dans la rue (« dans la rue », pour simplifier), il doit pouvoir être en droit de photographier ce qu’il veut : personnages, architectures, situations diverses (de la plus banale à la plus outrancière), etc.
Pouvoir photographier et, bien sûr, pouvoir diffuser et utiliser ses photographies comme bon lui semble. »
Mais ai-je encore l’âge d’écrire au Père Noël…
L’âge d’y croire…
J’aime beaucoup le caractère intemporel de ce style de photo !! On en revient un peu à ton article sur la symbolique !!
Je trouve aussi l’idée de LELD56 très bonne !! MAis je ne suis pas sûr que le pere noel y arrive !!! ;D
Laé > Refoulés, peut-être … mais où on les ressent fortement pas la présence des personnages, la force du noir et blanc !
El Choup > Quelle tirade ! Merci !
C’est vrai que j’aime bien visiter l’imaginaire en photo, mais mettre nos vies en images, c’est au moins aussi fort !
J’aimerais faire davantage d’images comme celle-là, c’est vrai …
Quinze > Oui je crois aussi que ce genre d’image se passe d’explication est parle au plus grand nombre ! Ce n’est pas une affaire d’initiés, ce n’est pas une image à accompagner de tas de palabres !…
Max Sauter > Merci merci merci ! :p
freDeric > C’est vrai que c’est assez fouillé, la photo est plurielle avec un sens de lecture qui peut se perconnaliser en fonction du spectateur !
LELD > Eh bien, quelle tirade passionnée !
C’est ce sujet que j’effleurait en parlant d’un âge d’or révolu pour la photographie… C’est vrai que tant de lois briment nos réflexes photo notre créativité que c’est parfois difficile de continuer à s’exprimer.
Et encore (je ne crois pas que tu sois professionnel), tant que l’on ne doit pas diffuser largement ses images, faire des livres, vendre ses photos à des magazines, on peut -presque- continuer à photographier comme avant (mais cela arrive aussi qu’on se fasse apostropher dans la rue pour supprimer une photo …)…
Quand par contre on est professionnel et que l’on souhaite vendre et diffuser ses images, le problème se pose de manière bien plus critique !
Tu veux qu’on envoie une pétition au Père Noël ?! Une lettre commune ?!
Il faut toujours y croire … et trouver sa liberté au milieu des contraintes !
Anbleizdu > En effet, les personnages ont un rôle plutôt symbolique et les éléments de la photo ne trahissent pas l’époque à laquelle elle est prise !
Commentaire humaniste : j’ai écrit cette longue lettre et j’ai hésité à l’envoyer. Finalement, j’ai vaincu ma timidité et j’ai osé … du fond du coeur.
Chère Anne-Laure, Cher LELD56, Chers Toutes et Tous,
La nostalgie est une question de “profondeur de champ temporel”. Qui sait si dans 50 ans, les photos d’Anne Laure et celles de LELD56 ne généreront pas, à leurs tours, la nostalgie d’une époque à jamais révolue dont on dira, peut être, qu’elle s’interrogeait encore sur la nostalgie.
Je ne veux pas être ni gravement pessimiste ni futilement optimiste. Ce que vous dites est vrai, mais il y a aussi d’autres angles d’approche. Il y a 10 ou 15 ans certaines choses étaient inimaginables : l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Je ne fume pas mais je ne peux m’empêcher d’être surprise de ce que je ressens lorsque je vois quelqu’un fumer en catimini dans un coin (je ne parle pas du fumeur de la photo). Le monde me semble presque’ “à l’envers” non seulement parce que je ne l’avais pas imaginé ainsi mais aussi parce que l’imagination collective s’y serait refusé.
La question du “droit à l’image” est l’un des reflet-miroirs d’un monde qui n’est, pourtant, rien d’autre que le nôtre. Un monde que nous avons fait et faisons tous ensemble, au jour le jour, que ce soit avec conscience, insouciance, amour, passion, générosité, ignorance ou indifférence. Nous sommes intégralement partie prenante et chacun de nos gestes et choix pèsent dans la balance collective et individuelle mais aussi dans l’histoire (cf. l’histoire de Caroline de Bendern en mai 68). Ce monde nous le faisons, le défaisons, le refaisons dans un incessant mouvement d’équilibre-déséquilibre dont la pertinence n’apparaîtra que bien plus tard. Ne doutons pas de notre capacité à imprimer le temps : la preuve en est cette exposition à la BNF.
“A partir du moment où … “, ce que LELD56 ressent à propos de la photographie, ne devrait-il pas être applicable à d’autres aspects de la vie, avec en minimum garanti le droit à vitre dans le respect et la dignité. La dérive de ce droit entraîne immanquablement la dérive et la compression d’autres droits dont certains sont pourtant définis comme inaliénables : le droit à l’expression, l’accès à la mer, le droit à l’enfance, à l’autodétermination …
Ne serait-ce pas que ce temps où les droits sont bafoués de tous côtés, nous appelle à … faire autrement, franchir les limites de nos habitudes ou de notre timidité, être partie prenante et intégrante de l’instant, témoigner en humanistes conscients de notre époque …
La nostalgie dont parle Anne-Laure, est la nostalgie d’une époque plus solidaire où justement la question du droit à l’image n’avait pas encore de sens. Les sujets photographiés comprenaient intuitivement l’importance du propos du photographe-témoin-du monde. Et la question du droit à l’image revient à la question du droit à l’utilisation de l’image : à la dérive de ce droit, à ses abus mais aussi inévitablement à son développement engendré par plus de moyens de diffusion donc plus de besoins d’images, donc le besoin de montrer plus … plus … plus … Dans ce monde économique et social où l’on veut tout et plus, plus vite et avant tout le monde, où la loi est en train de devenir “prendre et ne rien donner”, le droit à l’image devient un droit au regard, un droit à l’attention, un droit à la vie. Quand je vois sur le site de la BNF, la dame à l’oie avec son drôle de chapeau, photographiée par Edouard Boubat, je me dit que cette dame a peut être été surprise, et flattée, de voir ce monsieur lui porter de l’intérêt au point de lever son troisième oeil vers elle. Et je me demande : ont-ils parlé ensemble ? Oui sûrement. Alors inévitablement, ils se sont regardés, se sont souris et peut être ont-ils même ri ensemble (à cause de l’oie ? qui à l’air de se demander si quelqu’un, un jour, va enfin s’occuper de ses droits) … alors … cette photo humaniste aura été aussi un moment d’humanité.
J’ai fait un rêve …
j’imagine demander l’autorisation à une personne de la photographier – lui expliquer que je témoigne de notre époque – lui parler de la photo humaniste – lui demander de signer l’autorisation d’utiliser son image dans le respect de sa personne, comme un manifeste de son empreinte dans le temps – lui laisser en retour un certificat-souvenir où l’on s’engage à respecter l’utilisation de son image mais aussi pour qu’elle se rappelle ce moment passé ensemble – la photographier, lui parler, lui sourire, la regarder – en retour elle me parle, me regarde la regarder, me sourit à son tour – un moment d’humanité prend forme, des photos aussi je l’espère …
mais voilà qu’un attroupement se créé car tout cela prend du temps – quelqu’un demande ce qui se passe – alors la personne explique qu’elle est en train de participer au témoignage souvenir de cette époque et que c’est bien – alors quelqu’un dit : mais moi aussi je veux participer, témoigner – et d’autres voudraient bien aussi mais n’osent pas le dire – tout le monde commence à parler avec tout le monde – des touristes s’arrêtent, des italiens surement, quelqu’un parle italien, ils vont finir au café du coin surement – maintenant, il y a beaucoup de monde …
un flic arrive et demande s’il y a quelqu’un de malade – tout le monde se met à parler en même temps, les mots fusent en désordre : droit à l’image, témoignage, italien, photographie humaniste, parler, sourire – et puis quelqu’un dit : mais vous monsieur le policier, vous aussi, il faut témoigner. Tenez, on va poser avec vous si vous voulez – le policier prend la pose – clic clac – il y a de plus en plus de monde – du coup les voitures ralentissent – embouteillage – claxon – un automobiliste demande : c’est la télévision ou un film ?
le flic se ressaisit … zut, c’est quoi déjà ? ah oui ! mesdames, messieurs, vous ne pouvez pas rester là sur la voie public – euh, ça ne se fait pas … non, c’est pas ça … ah oui, c’est interdit par la loi, vous savez un attroupement de plus de … – mais personne ne l’écoute vraiment – de petits groupes se sont constitués et les gens parlent, se dispersent, sourient … faites qu’ils gardent ce sourire au coeur au moins jusqu’à demain …
la personne et moi nous restons là, elle sourit – elle n’est pas prête d’oublier cette journée, ça non, et se dit qu’elle a finalement diablement bien fait de descendre ses 5 étages juste pour aller prendre l’air – c’est incroyable ce qui peut arriver dans la vie quelque fois : tous ces gens qui ne se connaissaient pas, en train de se parler, ça lui rappelle son enfance, sa rue …
le policier se caresse le menton et pense qu’il n’aurait jamais dû poser pour ces photos, mais il a été pris dans le mouvement, malgré lui … que va-t-il se passer maintenant ? … bah on verra bien; se dit-il – il ne le sait pas encore mais quelque chose a irrémédiablement changé en lui – et, parmis les personnes qui se sont arrêtées pour regarder, il y en a au moins une qui prendra une décision qu’elle n’aurait jamais pensé pourvoir prendre …
ainsi va la vie … ainsi va le monde … tout ça pour une question de “droit à l’image” …
alors ? dirons nous comme le p’tit Gibus : si j’avais su …
LDX
Eh bien LDX, quel beau plaidoyer !
C’est vrai que, de ta vision, on en rêve !…
Et pourtant et pourtant … je suis de nature optimiste hein pourtant …
Mais j’ai l’impression que, malheureusement, c’est une vision d’un autre temps…
Pas pour l’histoire des droits à l’image tout ça, mais à propos de l’ouverture d’esprit des gens, leur capacité à se laisser prendre au jeu, à prendre le temps, à apprécier le truc imprévisible du jour !…
J’ai l’impression que de nos jours, les gens ne s’arrêteraient même plus, nous toiseraient sans vouloir signer de papier d’autorisation, que l’attroupement ne se ferait pas (indifférence oblige) ou bien moins joyeusement que dans ton histoire, que le flic aurait estimé qu’il avait autre chose à faire que de se laisser attendrir par un attroupement de gens sympathiques …
Mais bon, j’aime bien ton histoire quand même, j’aime cet espoir, cette foi en les gens, et penser qu’en certaines circonstance il peut se passer des choses, que l’appareil photo peut être un médiateur, un intermédiaire, un moyen d’échanger des valeurs, d’engager le contact… :)
Merci pour cette jolie lettre !!
(rhaaaa mais d’habitude c’est ma spécialité les comms aussi looongs !! rhoo ;) )
Je pense qu’une oeuvre, et une photo en particulier doit donner à ressentir ou /et à réflechir. Je pense que lorsqu’une photo procure cette double interpellation, elle n’a pas reproduit une nature morte, (sauf s’il s’agit d’une catastrope écologique, et encore dans ce cas ne serait-ce pas notre sensiblité voire notre activité humaine qui serait interpellée) mais bien reproduit une facette de notre réalité complexe. Je me veux optimiste : les interdits de quelque nature qu’ils soient n’ont jamais eu raison de l’art et donc de la photo humaniste, qui vivra dans des expressions différentes et nécessaires. merci de perséverer et de rechercher de nouvelles voies à ce genre inhérent à notre condition.
je m’en souviens, c’était tout au début de la balade, non ? Je n’avais pas remarqué tout ça, c’est superbe ! (trop attirée par les détails, sans doute, comme d’hab !)
Bises
Et voilà typiquement l’effet que produit ton site sur moi : je lis cet article, j’admire ta très belle photo et je suis pris d’une envie irrémédiable de m’emparer de mon appareil photo pour une petite virée.
Lorsque tu évoques le graphisme, j’ai envie de faire du graphisme, idem pour le format carré… et maintenant la photo humaniste.
Mais qu’elle est belle cette photo ! Ce vélo qui nous fait entrer dans l’image, ce visage derrière la vitre qui aimante mon regard, le clochard dans le lointain et ce long manteau de cuir qui ferme l’image.
Oui une photo qui interpelle. Bien vu.
en effet, une image qui est presque intemporelle. j’aime bcp.
je me suis toujours dit que paris devait être le lieu idéal pour ce genre de photos… un peu le lieu mythique qui fait rêver pour ce type d’image. même si je devrais pas me servir de ça comme excuse, il y a de quoi faire aussi à bruxelles :) par contre, je n’ai pas le talent pour savoir comment m’y prendre pour cette approche!