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Le concept même d’instant décisif, cher aux amateurs de photographie, hérité de la photographie humaniste et des photo-reporters est parfois trompeur. Cette idée met l’accent sur une certaine instantanéité de l’image. Il s’agit d’un moment précis à saisir grâce à l’appui sur le déclencheur. Ainsi, nous nous percevons à l’affut, traquant le sujet et déclenchant dans la foulée sur un laps de temps proche du soixantième de seconde. Or la photographie n’est pas une discipline aussi instantanée qu’on le pense. Elle est faite d’anticipation, de réflexion… de patience et de persévérance.
Je vous fais partager aujourd’hui une prise de vue datant d’il y a quelques semaines et vous invite dans les coulisses de la création d’images en mode « planche contact« . |
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Balade photographique dans Paris, donc. Ma série en diptyques est très présente à mon esprit.
A 12h15, je repère, de très loin, un bonnet rouge. Je traverse la route sur le pont de Sully et je prends cette photographie de repérage, sans même y penser (cf photo ci dessous, à gauche). L’homme au couvre chef rouge au milieu des oiseaux, devant la Seine, cela me semble être une vison suffisamment évocatrice pour que l’on s’y attarde. Cette image n’est pas faite pour être gardée mais marque mon intérêt pour cette vision entrevue. Je rejoins le square Barye, sur l’île Saint Louis. |
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12h24, Je m’intéresse dans un premier temps à cette vision de l’homme, de loin, avec un arbre tortueux au premier plan. Sa silhouette ne se détache pas bien car elle se superpose à l’horizon. On sent, en visualisant la planche globale que cette vision me plait car je multiplie les vues, attendant qu’un peu de vie se crée autour de l’homme. Je me doute que cette quantité de pigeons peut être de bon augure pour moi. |
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12h26, je descend de mon banc. Vient maintenant la problématique de l’approche. 12h27, je perçois assez vite l’intérêt de ce panneau à la flèche bordée de rouge, symbolique et à la couleur rappelant le bonnet. Je cherche donc un cadrage construit autour de ces deux éléments principaux. |
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Je sais déjà que j’ai les images qu’il me faut de mon sujet mais j’avoue que je me sens bien, au finistère de l’île de la Cité, dans le calme de la Seine et le froid de décembre. |
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Il est 12h35 lorsque je m’éloigne après un mot de remerciement à l’homme, touchée par cette rencontre muette au milieu du tumulte parisien et enrichie de quelques bonnes images.
Loin de rechercher à figer un instant, j’ai donc essayé, pendant ces 20 minutes de prendre le temps de l’approche pour apprivoiser mon sujet, trouver le bon angle, peaufiner mes cadrages et déclencher au bon moment. Certains photographes ont l’habitude de s’immerger dans un milieu, une culture pendant plusieurs jours avant de prendre la moindre de photo et passent parfois plusieurs mois voire années à faire des repérages, travailler une série… Le temps est décisif bien plus que l’instant !
Comme vous le savez, je ne prémédite pas mes diptyques. Je ne pars pas à la chasse à l’image complémentaire. D’ailleurs quand j’ai vu ce panneau « interdit d’être triste », je n’ai pas spécialement pensé à notre homme au bonnet rouge. Il est important d‘être pleinement dans l’image que l’on cadre et d’oublier momentanément celles que l’on vient de faire lorsque l’on photographie ! |
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Le titre de cet article « Persévérance photographique (comment créer l’instant décisif) » vous semble peut-être un tantinet abusif… Pas si sûr ! Car votre instant décisif ne correspond pas juste à un moment.
Matthieu Raffard, dans son petit livre « La soif d’images », que je suis actuellement en train de « dévorer avec parcimonie et délectation » raconte : » J’ai développé une aptitude à pressentir qu’une situation photographique va survenir. L’expérience m’a également enseigné que, lorsqu’il ne manque qu’un seul élément pour qu’une photographie ait lieu, celui-ci finit toujours par arriver. »
C’est ce principe qu’a respecté Marc Montméat, jeune photographe propulsé en quelques semaines sur le devant de la scène par son succès à Paris Photo pour sa photographie « Le choix ».
Ainsi, anticipation et patience font partie des clés qui nous permettent de réussir de très bonnes photographies… qu’on se le dise ! |
Tu shootes vraiment au carré ou c’est recadré y compris dans la planche-contact ?
Parce que si tu es au 6×6 argentique… c’est sûr que l’instantanéité, ça se calcule ;-)
Voilà qui (encore une fois) est fort bien exprimé ! Je partage aussi « C’est votre réceptivité qui déclenche l’opportunité d’une bonne photographique et non la chance. ». Bien que les appareils actuels automatisés à outrance puissent nous affranchir de certains aspects techniques, j’ajouterais que se tenir prêt et anticiper techniquement est aussi très important. Pour ma part je photographie encore souvent au M6 en argentique noir & blanc et j’anticipe en calant le diaph, la vitesse et faisant le point par défaut sur l’hyperfocale. Apprendre à réunir les conditions nécessaires en somme.
aaaah chouette, un e peu de ta prose…
C’est marrant ce que tu racontes, parce que je le « sens » comme toi sans savoir l’exprimer, et ce aussi dans les montages photos… Le hasard qui n’en est plus vraiment un…
bisettes !
superbe article! entièrement d’accord avec Matthieu Raffard sur le fait qu’en se postant à un endroit où on sent venir une photo, l’élément qu’il manque (un passant?) finit toujours par arriver! par contre en hiver faut se couvrir :-)
Bonjour Anne-Laure,
Très interessant ta façon de montrer comment tu décortiques ton travail.
Là en l’occurrence ton approche est particulière car il me semble que tu vas vers ton sujet autant que le contraire, tu préconçois ton image d’une certaine manière, il y a un mélange entre une receptivité du hasard chanceux (ce que les anglosaxons appellent joliment d’un seul mot « serendipity ») et la quête de sens « à priori ». C’est vrai que l’anticipation est cruciale, mais elle peut revêtir plusieurs formes. Je la trouve cérébrale dans le cas de ta ballade sur l’île Saint-Louis, elle peut être plus instinctive quand il arrive de sentir de façon diffuse que quelquechose va se produire, qu’une fugitive convergence d’éléments va surgir du chaos sans trop savoir quoi.
Du coup ces histoires « d’instant décisif » c’est un peu compliqué je trouve. Enfin disons qu’entre la théorisation (un peu excessive) du truc façon HCB et l’approche particulière de tel ou tel photographe, sa vision, il y a la place pour beaucoup de choses et tout autant d’images différentes.
Sinon j’aime beaucoup ce diptych. Peut-être pas mon préféré de la série mais la juxtaposition est excellente. A première vue j’étais un peu géné par ce qui m’a semblé de prime abord un traitement de désaturation sélective (pas trop fan de ça perso). En fait on a bien les vrais couleurs (un peu désaturée quand même je pense) d’une journée grisâtreà Paris qui donne cette ambiance toute particulière aux quais de Seine.
décisif pas si décisif que ça par les temps qui courent. l’instant décisif au quart de tout n’arrive que très rarement pour moi, peut être que je vieillis mais je passe plus de temps à préparer mon cliché qu’à prendre mon cliché (peut être est-ce aussi parce que je travaille encore en argentique) par contre l’oeil collé au viseur je cherche et je cherche encore à construire mon image, des fois elle s’offre à moi des fois pas et je lui tourne autour jusqu’à ce qu’elle sorte de son coin noir. mais peut que Henri Cartier Bresson parlait-il de l’instant décisif en terme d’instant qu’on s’autorise de prendre le cliché? chacun voit son image à sa porte en quelque sorte et elle peut être révélée aux autres ou non … c’est peut être ça être photographe…
Patience et persévérance, et peut être aussi état d’esprit du moment qui fera faire des photos différentes, mais dans la même veine, en tous les cas ne pas hésiter à tourner autour de son sujet pour trouver le bon angle et cadrage, je me sens complétement n accord avec ton billet .
Article très intéressant !
Par contre dès fois, on a trouvé tous les bons éléments, il n’y a plus qu’à attendre le passant, etc … et y a rien qui vient … mais peut-être ne suis-je pas assez patient !
Très intéressant que de voir cette planche contact, cela nous présente l’envers du décors, les coulisses de la photo, mais cela nous dévoile aussi ta démarche photographique !
Et c’est là qu’on se rend compte, que certaines photos sont prises sur le vif, lors d’un instant fugace, c’est magique : « Il y a des instants comme ça… j’avoue que j’ai vraiment cadré à la volée !! » (pour la couverture de “The city & the city”) et même si on attend, la situation ne se reproduira plus jamais mais que d’autres nécessitent un véritable travail de composition et sont le fruit d’une recherche longue et minutieuse : « Si la tête “bute” contre le pont à l’arrière plan, la photo n’est pas lisible, je relève donc légèrement mon angle de vue afin que le personnage s’inscrive dans l’espace laissé sous le pont. »
Merci encore pour ce partage !
Merci à tous pour vos réactions passionnantes !
Christian > Les photographies sont prises avec mon Ricoh GX100, cadrée directement en carré (une planche contact à photos recadrées, ce n’est plus une planche contact !!).
Emmanuel > Tout à fait d’accord, il faut anticiper artistiquement et techniquement. Il est nécessaire, avant même de partir avec son appareil, qu’il soit réglé sur la sensibilité probablement adaptée aux conditions du jour, dans le monde que nous affectionnons etc. Pendant la prise de vue, dès qu’un élément nous intéresse, adapter les réglages pendant que l’on se place à l’endroit voulu est une bonne méthode : pas de perte de temps et un photographe prêt à tous les niveaux !
Miss trop > Tu trouves que je ne cause pas assez ?!!
C’est une très bonne chose, je pense, de savoir ainsi travailler intuitivement, de “sentir” les choses plutôt que de les analyser, de les déclencher… Je crois que la réceptivité est quelque chose qui se travaille et est vraiment déterminant pour être bon photographe.
Pkabz > Merci ! Je ne pense pas que l’on puisse dire que cela marche “toujours”… sans doute que parfois, on n’a pas la patience, ou on est en famille… les conditions font que l’on ne met pas toutes les chances de son côté.
Mais quand on peut s’investir vraiment, il y a de fortes chances de réussir de très bonnes choses.
Ceci-dit, encore faut-il savoir ce que l’on recherche, ce que l’on attend ! D’où une certaine anticipation pour savoir concevoir sa photographie au fur et à mesure qu’elle arrive et “créer” l’instant décisif !
Jacques > Merci à toi. C’est le principe de ma section “L’histoire d’une photo”, de vous faire partager l’envers du décor, la réflexion qu’il y a derrière une image, la manière dont les choses se sont produites.
Que veux-tu dire exactement par “tu vas vers ton sujet autant que le contraire” ?
Il est évident qu’anticiper (la quête de sens a priori dont tu parles) et être réceptif à l’imprévu sont deux attitudes essentielles à combiner pour le photographe.
D’accord aussi pour dire que l’anticipation ne dure pas toujours 20 minutes, et qu’anticiper puis déclencher 5 secondes après, cela a aussi son utilité !
Je crois quand même que l’approche “cérébrale” est fondamentale car une image se construit, se réfléchit. Ce n’est qu’après que l’on peut éventuellement réussir les choses de manière plus instinctive, comme un peintre peut se lancer dans une interprétation de ses sujets après avoir travaillé l’anatomie, la perspective etc.
Ici mon approche parait cérébrale car j’essaie de l’expliquer pour vous la faire partager. Le faire de mettre cela en mot donne l’impression d’une réflexion assez cartésienne mais dans la réalité, de nombreuses étapes d’une prise de vue comme celle-ci se font à l’inspiration, à l’intuition sans que soient verbalisées mentalement les raisons pour cadrer de telle ou telle manière !
Mes diptyques sont retravaillés au niveau des couleurs, désaturés, mais il ne s’agit pas de désaturation sélective, effectivement.
Le Dauger > Je ne me pose pas en contradiction avec ce que dit Cartier Bresson, en réalité, mais plutôt sur ce qui se dégage de cette expression qui est restée et ne correspond pas forcément au propos initial.
En effet, chacun a sa manière d’être photographe et de concevoir la photographie !
Didier > Cet état d’esprit dont tu parles, ne s’agirait-il pas tout simplement de l’inspiration ?!
Le choix de l’angle de vue est beaucoup plus déterminant qu’on ne le pense… Si les gens s’en rendaient compte, ils passeraient bien moins de temps à régler leur couple vitesse diaphragme !!!
Marc-o > Merci beaucoup. Comme je le disais plus haut, il est important de savoir quoi attendre, tout en étant très ouvert. On n’attend pas une seule chose. On imagine qu’une présence à tel endroit serait la bienvenue, qu’il faudrait du mouvement, quelque chose de vivant… On repère des personnes arrivant au loin, on espère qu’elles circulent comme il faut… mais ce n’est pas toujours le cas. Parfois, on se rend compte que tous les gens suivent la même trajectoire, qui ne correspond pas à ce que l’on voulait, et il faut s’adapter, faire évoluer nos plans.
Bien sûr, cela ne marche pas à tous les coups, mais si rien ne vient, c’est que soit tu n’es pas assez patient, peut-être, soit tu as du mal à t’adapter aux opportunités qui se présentent, à établir une corrélation entre ce que tu peux attendre et ce qui arrive effectivement…
C’est très complexe… et donc passionnant !!
Le P’tit Nicolas > Tu fais bien de comparer ces deux photographies présentées sur le site à quelques jours d’intervalle ! Comme tu le dis, dans l’une c’est l’instant : on voit, on vise, on déclenche. Dans l’autre, l’image se prémédite presque et se construit.
Bonne journée à tous !
Bonjour Anne-Laure,
Ce que j’indiquais comme une approche “cérébrale” (le terme est peut être mal choisi) est exactement ce que tu décris : combiner anticipation et imprévu, dans le cadre global d’une quête de sens. Autrement dit “l’instant décisif” dans ce cas correspond très bien à la citation de Mattieu Raffard que tu indiques, “une aptitude à pressentir qu’une situation photographique va survenir” et surtout dans la confiance que “l’élément manquant finira par arriver”. En d’autre terme, on “tient” un sujet et on est à l’affut du(des) bon(s) moment(s).
Mais je crois que “l’instant décisif” peut être aussi “l’instant de décision”, c’est à dire qu’il ne fait pas référence à un agencement d’élements que l’on est capable d’anticiper ou de préssentir, mais plutôt que l’image surgit littéralement du néant, vient à l’oeil qui seul à le pouvoir de saisir ou non. Et dans ce cas il n’y a ni avant, ni après, il n’y a que l’image. Et pour être franc je pense que la chance joue un rôle important dans ce cas.
Bon, j’arrive bien après ces discussions passionnantes, mais je retiens particulièrement ce que jacques philippe vient d’écrire : « l’instant décisif peut être aussi l’instant de décision ».
Je suis entièrement d’accord avec « l’instant de décision » et il me semble qu’il résume extrêmement bien, à lui tout seul, tout ce qui a été dit. Merci, je vais continuer à y réfléchir !!!
Anne-Laure merci d’avoir partagé cette très jolie « histoire ».
Moi je n’ose pas aborder des passants dans la rue. Mais la j’apprend qu’un simple sourir ou hochement de tête peut suffir.
Jacques > Comme le rappelais Le P’tit Nicolas dans son commentaire, j’ai également l’expérience de ce type de prise de vue ultra instantané, comme pour la photographie qui vient de faire la couverture d’un thriller de China Miéville.
Cela arrive, mais je ne crois pas que ce soit sur cette approche que celui qui veut faire régulièrement de bonnes photographies doit s’appuyer. Il risquerait d’être déçu !
Laurence > Mais non ! Il n’est jamais trop tard, la discussion peut se prolonger sans souci. Personnellement, je crois qu’il y a DES instants de décision. Celui du déclenchement n’est pas forcément le plus déterminant !
Gaëlle > Merci à toi pour ton petit mot. :)
Vincent > C’est assez difficile. Personnellement, je le fais assez rarement.
De mon côté, j’ai dit quelque chose du style « Bonjour Monsieur, est-ce que je peux vous prendre en photo ? ». Le gars a simplement hoché la tête pour répondre.
Certaines personnes savent demander du regard mais ce n’est peut-être pas évident. S’il s’agit de vraiment photographier quelqu’un en particulier, mieux vaut demander de vive voix il me semble.
Une expérience partagé pour le bonheur de tous. Je trouve bien dommage que peu de photographes – surtout amateur – ne prennent pas le temps de l’image.
Dans cet article j’ai ressenti exactement la même façon de travailler que David Duchemin qu’il raconte dans son livre.
Merci à toi pour ces histoires :)
Je découvre ton site à l’instant, et l’honnêteté de tes explications me plait enormément !
Bravo pour ton travail, et merci pour la façon de le partager !
Eric
Bonjour,
Merci pour cet article vraiment intéressant.
J’aime beaucoup ce détail sur une démarche.
Je ne suis pas un photographe « d’humain » mais c’est vrai que cela à l’air facile de demander au gens si l’on peut.
Les photographes nature aussi fabriquent leurs instant en se mettant à l’affût d’animaux.
En photographie de nuit c’est pareil quand on attend patiemment qu’une voiture passe dans le champs :)
[...] A lire sur le blog d'Anne-Laure Jacquart : Le concept de l'instant décisif cher aux amateurs de photographie, hérité de la photographie humaniste et des photo-reporters est parfois trompeur. Cette idée met l'accent sur une certaine instantanéité de l'image… [...]
Snash, en fait, ce n’est pas vraiment facile de demander une prise de vue aux gens et les réactions ne sont pas toujours favorables à la création d’images, mais c’est bien d’essayer car il arrive, comme ici, que la personne soit tout à fait consentante (voire ravie !) et que cela donne de belles photos… :)
[...] A lire sur le blog d'Anne-Laure Jacquart : Le concept de l'instant décisif cher aux amateurs de photographie, hérité de la photographie humaniste et des photo-reporters est parfois trompeur. Cette idée met l'accent sur une certaine instantanéité de l'image… [...]
Comme Eric, je découvre le site d’Anne-Laure et j’y ai passé quelques heures tant la matière y est dense et de qualité.
« L’instant décisif » a depuis toujours été la facette de la photographie qui m’a le plus inspiré, motivé et parfois réussi.
Je ne cache pas que les grands anciens m’avaient tracé la voie, contemporain de leurs déambulations dans le Paris de l’après guerre où, tout jeune, j’habitais à l’époque.
Pour moi, s’il ne fallait retenir qu’un seule photographie de cet instant décisif, ce serait la fameuse « péniche aux enfants » pour laquelle W.Ronis lui-même disait que des opportunités comme celle-là n’arrivent pas deux fois dans une vie et, d’ailleurs, parlait plutôt « d’instant dérobé ».
J’ai fait mienne cette approche, en essayant de capturer ces centièmes de secondes, subits, fugaces, uniques, que l’on garde en cas de réussite, comme de précieux objets volés.
Dans la pratique, il faut être disponible et accepter, tel le pêcheur à la ligne, de longues plages de temps « sans », tout en gardant le doigt sur le bouton magique et le coeur bat lorsqu’on a l’intuition que quelque risque de se passer.
Anne-Laure, dans la séquence de l’île Saint-Louis, va à la situation qu’elle a jugée intéressante et son « mitraillage » lui a permis d’en extraire LA bonne photo, tout en sachant que le personnage clé de la scène se savait photographié ; dans ce cas l’instant décisif ne réside pas dans la spontanéité d’une action, mais seulement dans le choix d’un instant parmi d’autres.
Pour l’avoir vécu au sein de clubs, la notion de l’instant T à toujours suscité polémiques et débats passionnés mais stériles, totalement étrangers aux « animaliers » ou aux « paysagistes », beaucoup plus sereins dans leurs disciplines de prédilection.
Merci à Anne-Laure d’être une vraie pro qui communique passion et enseignements aux nombreux amoureux du 8ème art que nous sommes toutes et tous à une époque où la photographie et ses dérives ont totalement envahi notre univers.