Billets d'humeur

Le charme des petits défauts

J’ai l’impression que mon approche de la photographie évolue peu à peu…
Il y a quelques mois, quelques années, j’étais obsédée par une vision très globale de l’image. Je pensais composition, graphisme ; je voyais mes photographies comme un ensemble de formes, de lignes qui constituaient des objets, des lieux, des gens.

Cette manière assez personnelle de voir les choses est toujours présente bien sûr. 
La rigueur du cadrage, la force d’une composition, la construction graphique, tout cela crée la structure qui soutient mes images. C’est la trame sur laquelle j’écris mes émotions visuelles.

Mais je décèle autre chose qui s’y rajoute, comme une épice vient relever la composition d’un plat.
Depuis quelques mois (depuis que je travaille en diptyques ?), ma vision se complexifie pour s’intéresser à la fois aux lignes de constructions, aux points forts, mais aussi aux petits détails qui jalonnent l’image.

Mon attirance pour l’anecdotique crée en moi une réceptivité parfois étrange à un simple mégot crasseux, à la texture d’un mur, à la forme d’une branche…
Des éléments qui semblent à la majorité des gens secondaires voire insignifiants

Parfois, je photographie ces seuls éléments.
D’autres fois, ils apparaissent dans mon cadre sans que je les aie vraiment sélectionnés consciemment et ils enrichissent mes images.

J’apprécie alors de découvrir que le monsieur promenant son chien est en charentaises, qu’une plante a poussé le long du mur, que le tuyau est rouillé… Je me réjouis de constater qu’une petite feuille morte s’est déposée dans un coin ou que le sol est partiellement mouillé, créant des formes étranges sur le bitume

A l’ère du numérique, tout défaut peut-être éradiqué en quelques secondes. Je mentirais si j’affirmais que je n’ai jamais effacé une cigarette au sol, une tâche quelconque, une poussière, un élément parasite !

Maintenant que la technique nous permet tout cela facilement, nous sommes à l’heure du choix.
Chaque rugosité dans l’image nous laisse face à une alternative : garder ou supprimer.

Souhaitons-nous nettoyer nos images de toute aspérité quitte à les rendre irréelles voire insipides ? Ou pouvons-nous laisser la place à ces défauts, les intégrer dans notre recherche esthétique, les accepter comme faisant partie intégrante de nos photographies ?
Je pense que les deux positions se valent. L’intention esthétique et sémantique détermine notre choix à ce sujet…
Et vous, quel est le vôtre ?

Une phrase bien connue dit que l’on commence par aimer notre conjoint malgré ses défauts, puis qu’on l’aime avec ses défauts… et qu’enfin, on finit par l’aimer pour ses défauts.
Je me demande s’il ne peut pas en être de même avec une photo


Réconfort
Parlez-en :
  • Print
  • email
  • Facebook
  • MySpace
  • LinkedIn
  • TwitThis
  • Digg
  • del.icio.us
  • Wikio FR
  • Technorati
  • blogmarks

Articles liés:

 

Discussion

10 commentaires pour “Le charme des petits défauts”

  1. Un sujet très intéressant, qui aborde plusieurs chose.

    Premièrement l’évolution de notre vision photographique,
    je pense qu’elle est différente tous les jours notre santé, notre humeur mais évolue selon le temps ceux qu’on à déjà photographiez, déjà vu et ceux qu’on à envie maintenant de faire.
    Personnellement je regarde au moins une centaie d’image /jour sur internet
    Forcement que ma vision évolue mais aussi surprenant qu’il puisse y paraitre la technique vient ensuite tout seul.

    pour la 2eme partie retouché ou laissé je pense va partir sur une polémique
    « retouché c’est pas de la photo »
    Je répondrais non c’est du graphisme mais les deux s’appelle une « IMAGE »
    Et donc qu’importe le choix tant que cette image parle à ses spectateurs/visionneur »

    En tout cas bravo pour c’est sympathique article qui au moin sont originale et surtout trés interessant

    Posté par jérôme | janvier 15, 2010, 17:17
  2. D’abord bonne année à toi Anne-Laure, je ne suis plus aussi souvent connectée, alors je n’ai pas eu l’occasion de te la souhaiter avant.

    J’ai un faible pour les détails (surtout pour les graffitis et autres traces de vie), mais pas ta rigueur en matière de cadrage et de composition que j’admire (je fais des efforts pour, mais en ce moment je ne fais presque plus de photo…), et je trouve que les deux se marient très bien.

    Même opinion que toi sinon, je pense que tout dépend de l’intention que l’on a en prenant la photo, elle justifie la retouche et l’éradication de ce que l’on considère comme un défaut qui empêcherait de véhiculer le sens que l’on souhaite transmettre à notre image.

    Je trouve quand même l’idée d’intégrer ces « obstacles » à nos photos plus intéressante, surtout à une époque où l’on retouche tout et où on est sans cesse bombarder d’images idylliques. Conserver ces détails souvent peu esthétiques et réussir à en faire une belle image/une image intéressante, c’est un beau défi, et ça oblige à plus de réflexion qu’une retouche photo.

    Posté par Lluciole | janvier 15, 2010, 18:23
  3. J’aime les défauts, même si certains finissent par succomber à un coup de gomme ou provoquent l’abandon de cette photo à la corbeille. J’aime ne pas tout contrôler, me heurter à une réalité que je croyais saisir et qui m’échappe à travers un détail. C’est ce que je trouve en photo, et qui est le grand absent de la peinture (quoique… Mais c’est un autre débat!).
    Je ne peux qu’adhérer à ton article, qui soulève des tas de points intéressants et nous pousse à réfléchir à nos propres choix.
    Bonne soirée

    Posté par Cathy B | janvier 15, 2010, 18:54
  4. Alala, je suis impressionné.
    Tu photographies tout et n’importe quoi, ça rend très bien, on sent vraiment qu’il y a quelque chose derrière chaque photo.

    Pendant ce temps, je cherche et je ne trouve pas de choses intéressantes à photographier.

    Je me rappelle à quelques mots près d’une phrase que tu m’avais dit :
    « Ce qui importe, ce n’est pas ce que tu photographies, mais le regard que tu poses dessus ».
    Là est bien tout le problème…

    Posté par Lark | janvier 15, 2010, 20:30
  5. vive les petits détails qui embêtent les images bien léchées, vive le mégot qui entre dans le cadre sans qu’on lui est demandé, c’est toutes ces petites choses qui font pour moi la force des images, et j’entends ici images non « retouchées », sans suis je trop « amateur » mais mes meilleurs images sont celles que je n’ai pas « modifiées » ce qui n’enlève rien au plaisir des autres, mais la satisfaction de l’instant décisif reste le moteur de ma soif d’images et ce qui me permet de ne pas me confiner à un « genre », nos yeux chaque jour sont comme la météo, ils changent…

    Posté par le dauger | janvier 16, 2010, 2:11
  6. Ton article et la lecture des différentes réactions m’évoquent beaucoup de choses.
    Il y a effectivement tout d’abord la satisfaction d’obtenir de prime abord une image qu’on n’aurait pas envie de « retoucher ». C’est sûr, quel bonheur quand on a réussi du premier coup son cadrage, qu’on a déclenché pile poil au moment qui nous parait le plus juste, et qu’on avait vu le défaut qui devient du coup qualité !

    Concernant ton travail, tu fais avant tout des photos urbaines (normal, c’est ton lieu de vie !). Cet environnement est souvent froid et je trouve précisément que le mégot ou le gobelet qui trainent nous donnent des signes de vie. J’ai en mémoire un des premeirs diptyques que tu nous a proposé, et quelqu’un pensait qu’il aurait mieux valu qu’il n’y ait pas de paquet de cigarette froissé. J’ai trouvé, tout au contraire, que ce paquet de cigarette permettait de laisser une trace de l’homme tout à fait intéressante. Grâce à ce paquet de cigarette, j’irais jusqu’à dire qu’il s’agissait presque d’un portrait (bien sûr, j’exagère, mais l’idée est celle-ci).

    Du coup, j’ai presque envie de te demander de nous montrer des photos de « paysages naturels ». Ce qui m’intéresserait, c’est de voir comment tu fais (ou ferais) sans présence humaine. Car finalement, j’ai bien l’impression que tu fais partie des photographes humanistes, et que c’est la présence réelle des hommes ou leurs traces laissées qui te portent. Bien sûr, il ne s’agit pas de te faire rentrer dans une catégorie précise, mais il me semble que c’est ce qui ressort principalement de ton travail créatif.

    Enfin, j’ai quand même envie également de donner mon impression sur ce superbe diptyque que tu nous a proposé aujourd’hui. Quelle tristesse ! Peu d’espoir pour cet homme, dis-donc. Il est sacrément coincé, et tout concourt à cette impression : il est au bord du cadre à gauche, face à l’eau. Le panneau interdit de stationner à gauche, j’ai cru au début que c’était une bouée de sauvetage qui était dessinée, et du coup, barrée par ce trait rouge. Mais en fait, c’est un petit bonhomme qui fait une grosse moue bien triste ! Bref, tu as fait un superbe travail d’éditing !

    Posté par laurence | janvier 16, 2010, 10:25
  7. Je trouev que c’est toujours le petit « défaut » qui fait toute la personnalité que ce soit d’une image ou même d’une personne !!
    Cette habitude de tout gommer pour que tout soit lisse et sans trace, c’est plutot triste !! :)

    Posté par Anbleizdu | janvier 17, 2010, 12:42
  8. Merci pour ces avis très intéressants sur le petit détail qui fait mouche et la retouche numérique !

    Jérôme > Effectivement, notre regard évolue comme nous évoluons. Comme dit Héraclite, nous ne baignons jamais deux fois dans le même fleuve !
    Je ne pense pas que la photo retouchée s’apparente au graphisme. A haute dose de retouche, on s’en rapproche mais en ce qui concerne ma propre approche du post-traitement, je considère qu’il s’agit toujours de photographie et non de graphisme (même s’il ne s’agit que d’une histoire de termes finalement).

    Lluciole > Effectivement, intégrer les petits défauts donne une bien plus grande satisfaction que les retoucher ! De plus, les aspérités de nos images constituent des points d’accroche pour l’oeil. Si elles ne sont pas gênantes (au contraire !), elles les enrichissent.

    Cathy > Ce que tu dis est intéressant car j’ai prévu de parler prochainement sur ce site de l’imprévu photographique, l’impondérable, de la part de hasard qui faut selon les cas, provoquer ou accepter…
    Je retrouve cela dans ton commentaire : l’idée qu’il est essentiel d’avoir cette capacité d’ouverture qui nous permet d’être réceptif à l’imprévisible.

    Lark > Tu trouves que je photographie tout et n’importe quoi ?! Merci du compliment ! ;)
    J’aime penser que tout peut faire une bonne photo, selon le regard qu’on y pose… Tu as bien retenu cela de nos échanges pendant le suivi !

    La Dauger > La satisfaction de l’instant est effectivement une idée forte pour le photographe. Parfois c’est le flou qui fait que l’image semble distiller une certaine émotion, parfois c’est un mégot qui traîne, parfois un oiseau qui passe…

    Laurence > C’est amusant que tu reparles de ce fameux gobelet car j’y ai pensé moi aussi en imaginant cet article, puis j’ai oublié de le mentionner lors de sa rédaction. Il fait évidemment partie de ce qui me plait dans les images que je fais ces derniers temps : ces petits détails évocateurs que d’autres pourraient considérer comme des défauts…
    J’apprécie aussi que tu ressentes l’aspect très humain de mes photographies ! Parfois je m’en veux de ne pas faire assez de portraits, de ne pas prendre les gens de face… mais j’aime suggérer plutôt que décrire et il est évident que photographier les gens, même de dos, photographier les objets qui leur appartiennent, l’endroit où ils vivent… c’est les mettre en valeur en photographie même si on ne décèle pas leurs visages.

    Concernant les photos de paysages naturels, tu poses une très bonne problématique… qui reste pour le moment un mystère également pour moi ! Depuis que j’ai commencé la photographie, la photo nature n’a jamais été mon domaine de prédilection. J’ai été attirée par la ville pour ses lignes graphiques, ses ambiances… mais je suis curieuse comme toi de voir ce que je pourrai faire de personnel à partir de sujets nature… lorsque j’aurai enfin quitté mon boulevard !
    J’ai tendance à penser que j’aurai du mal à me passer de ces traces de présence humaine… mes paysages risquent bien d’être habités d’une silhouette, les arbres d’être gravés d’un coeur, et les clairières tristement salies par une bouteille d’eau vide… mais nous verrons.
    En disant cela, je me dis que la « laisse de mer » pourrait constituer un bon sujet photographique avec ses débris naturels et artificiels !

    Personnellement, je ne vois pas de tristesse dans ce diptyque. La panneau indique justement « ne sois pas triste ». Pour avoir accompagné cet homme quelques minute au milieu de cette marée de pigeons (je suis peut-être influencée par cela), je peux te dire qu’il était plus serein que triste, c’est l’impression que cela m’a donné. J’ai choisi cette photo où il a la tête baissé pour son fort côté évocateur mais je crois qu’il aurait aussi bien pu avoir le visage tourné vers le ciel. :)

    Anbleizdu > Est-ce que l’acceptation des petits défauts de nos images ne commence-t-elle pas par une certaine indulgence envers nous-même ? Notre personnalité est faite de défauts… Accepter ceux de son environnement et accepter les nôtres, cela interagit sans doute !

    Posté par Anne-Laure Jacquart | janvier 20, 2010, 17:42
  9. Comme tu as infiniment raison. Il devient de plus en plus difficile de savoir quelle est l’authenticité d’une photo. Mais la retouche n’est pas non plus d’hier. Avant elle était juste réservée aux talentueux retoucheurs. Ah que de souvenir… je revois encore ma grand mère avec son encre de chine et sa loupe retouchant les 6×6 des mariages.
    Maintenant tout va beaucoup plus vite, est à la portée de n’importe qui possède un ordinateur… C’est bien… et en même temps moins bien. On assiste notamment dans la photo de portraits à une retouche excessive qui conduit à ce que tous les visages se ressemblent… dommage! Car c’est justement les petits défauts qui font le charme…

    Posté par Vincent-P | février 2, 2010, 14:29
  10. Billet passionnant, comme d’habitude.
    Un jour – c’était le 11 août 2007, soyons précis;-) – un insecte est passé devant l’objectif. L’effacer ? Ça aurait été d’autant plus facile que le fond était uniformément bleu. Le conserver ? Oui, c’était évident ! Ça ajoutait une histoire à la photo.
    Voici le lien : http://tinyurl.com/yk27dlj

    Posté par pidic | mars 11, 2010, 21:08

Poster un commentaire

  1. (Obligatoire)
  2. (Email valide obligatoire)
  3. (Obligatoire)
  4. Envoyer
 

cforms contact form by delicious:days

Articles Récents

cache-cache photographique
Il faut absolument que je vous parle d'un ...
Motifs
Motifs
Comme vous le savez, les textures, ...
Cadrez-vous assez serré ?
Cadrez-vous assez serré ?
Êtes-vous de ceux qui ont peur de cadrer ...
Le dentiste récidive ! (Couv)
Le dentiste récidive ! (Couv)
Après avoir servi à Robin Cook pour la ...
Affinités noir et blanc
Affinités noir et blanc
Je suis une fana (fada ?!) de contraste, ...
Peter Pan (The shadow)
Peter Pan (The shadow)
Peter Pan s'est réconcilié avec la lumière et ...
Citation fort à propos (Brassai et Picasso)
Citation fort à propos (Brassai et Picasso)
Picasso à Brassaï : "La photographie est venue ...
Un air de vacances…
Un air de vacances…
J'espère que chacun d'entre vous a droit à ...
Hublot
Hublot
Je vous fais partager cette photo à la ...
Androïdes
Androïdes
Les mannequins des vitrines ont bien souvent le ...
J-3 pour le Pack !
J-3 pour le Pack !
Il reste 3 jours pour bénéficier de mon ...
C’est la retouche qui fait tout (il parait…)
C’est la retouche qui fait tout (il parait…)
Voici l'une des images présentées lundi pour le ...
La lumière crée la couleur et la densité
La lumière crée la couleur et la densité
Fumée blanche, fumée noire... Deux photographies prises de ...
Liberté d’Expression
Liberté d’Expression
Alors, pour une fois, je ne m'exprime que ...
Pack « Grandes Vacances » Suivi / Audit
Pack « Grandes Vacances » Suivi / Audit
Les grandes vacances approchent (ou sont déjà là ...