Billets d'humeur Photo

La parano « Droit à l’image »



La notion de « droit à l’image » n’est, bien entendu, pas contestable.
Chaque personne a un droit de regard sur son image. Il semble normal qu’une photo prise à la volée de vos enfants ne serve pas d’illustration magazine pour un article sur la pédophilie sans votre consentement !

Ceci dit, ce genre de situation extrême arrive rarement et, dans la vie courante, l’appréhension ressentie vis à vis des « porteurs d’appareils photo » n’est pas souvent justifiée.


De nos jours, les photographes sont réellement stigmatisés.
Nous rencontrons alors des réactions bien disproportionnées par rapport au prétendu préjudice que nous serions susceptible de créer aux personnes qui nous entourent !

L’agressivité est souvent de mise… mais l’on ne prend pas la peine de se poser même la question :
Que risquons-nous vraiment quand on nous photographie ?
Que craignons-nous ? Que rejetons-nous, finalement ?

Je suis convaincue que les gens défendent leur droit à l’image bien davantage par principe que pour des raisons réelles.



Est-ce internet qui crée cette méfiance vis à vis de l’image ?

A l’heure où tout un chacun sème ses informations personnelles sur la toile sans bien se soucier de ce qu’il en adviendra, on voit d’un mauvais oeil qu’une tierce personne puisse utiliser notre corps comme marqueur d’espace pour une photographie artistique
Dans notre société ou l’aspiration d’une majorité semble être de s’afficher dans un programme de télé réalité dont il ne maîtrise ni les tenants ni les aboutissants, ou, à défaut de cela, d’avoir l’occasion de passer dans un canard local (la fameuse heure de gloire à laquelle nous avons tous accès un jour ou l’autre), pourquoi cette réaction de rejet vis à vis de la photographie ?

Qu’un internaute, au fin fond de la Bolivie, puisse contempler notre jolie bouille sur un site quelconque nous pose-t-il réellement un problème ?
Le droit à l’image se justifie quand nous sommes reconnaissables et qu’il y a préjudice.
Ainsi, qu’un inconnu découvre une image qui nous représente prise dans un lieu publique, cela a-t-il finalement la moindre importance ?

Nous sortons aux yeux de tous pour aller faire nos courses sans craindre d’être regardé…
L’image fixe pose-t-elle un problème différent ?


Si c’était vos enfants qui se trouvaient sur ces images, en demanderiez-vous le retrait du site ?

 

Les gens souhaitent faire respecter, bec et ongles sortis, quelque chose qui ne leur apporte rien mais crée une énorme contrainte pour d’autres (les photographes en l’occurrence).
Bel exemple d’altruisme !

Le fait de penser qu’il pourrait peut-être y avoir quelque chose à y gagner en cas de litige a-t-il une influence sur ce comportement ? S’agit-il juste du plaisir de se sentir puissant et d’imposer son dictat à d’autres, une manière particulière de de « marquer son territoire » ?!

Certains réagissent même presque comme s’ils avaient un « droit d’auteur » sur une image qui les représente
Quel amalgame !!

 

Il est essentiel de rappeler que rien ne vous interdit de photographier les gens dans la rue.
Non, non, absolument rien !
C’est l’utilisation des images qui est réglementée.
Ainsi, qu’une photographie de votre voisin soit sur votre carte mémoire ou votre ordinateur, cela ne peut donner lieu à aucune réclamation. Les gens ne sont pas en droit de vous faire supprimer une image de votre appareil.



L’image se démocratise. Chacun va de son avis pour affirmer que c’est un mal ou que c’est un bien.
Bref. L’image est partout.
La télévision est comme une zone de non droit en ce qui concerne le respect de la personne.
La photographie de presse, elle-même, jouit d’un statut particulier, justifié par un « droit à l’information ».

Mais qu’en est-il du « droit à la création » dont nous avons besoin, nous autres, photographes amateurs ou professionnels ?!
A notre manière, nous aussi, nous informons, fixons notre temps.
Et si nous avions vraiment en tête les éventuelles représailles auxquelles nous nous exposons, je crois bien que nous n’achèterions plus même d’appareil.

Car enfin, que pouvons nous photographier sans risque dans nos villes où tout est fait de la main de l’homme ?
Quand nous avons l’autorisation de notre modèle, qu’en est-il de ses Nike ©, de son Levi’s ©, de la maison d’architecte visible en arrière plan, de la canette de Coca © qu’il tient à la main ?!
La photo nature a de quoi faire des adeptes pour sa liberté législative !!



La photographie est mon moyen d’expression.
C’est le médium par l’intermédiaire duquel je crée, mon espace de liberté (quoique)…
Ainsi, n’est-il pas essentiel de s’interroger sur un autre « droit à l’image », celui du photographe ?!

Mona Lisa subit-elle un préjudice d’être ainsi exposée aux yeux de tous ?
Lorsqu’un écrivain s’inspire de personnes qu’il a croisées pour créer un personnage fictif, est-ce que quelqu’un cherche à revendiquer un droit quelconque pour une personnalité, un style vestimentaire, une manière d’être ?
De même, il semblerait bien que les chansons d’amour, de tout temps, aient été inspirées par quelqu’un

Cette notion d’ « image » a-t-elle tant d’importance que cela ?
Le fait de « voir » change-t-il réellement la donne ?


Les photographies que nous faisons ne sont pas des vols, des rapts ! Ce sont des hommages.
Comment la réaction de tout un chacun peut-elle être l’agressivité et non la fierté ?

Retranscrire l’intensité d’un regard, la beauté d’une chevelure, l’étrangeté d’un moment, cela correspond à une expression artistique. De quel droit peut-on empêcher quelqu’un de créer, dans la limite du bon goût et du respect ?

Ainsi j’aimerais que nous gardions cela en tête et, si possible, que nous l’exprimions autour de nous.
Être photographié, c’est être l’objet d’une marque d’intérêt, d’un coup de coeur en même temps que d’un coup d’oeil.
C’est accepter d’offrir un peu de soi aux autres, dans une position altruiste, et d’être « modelé » par l’oeil d’un photographe, plus ou moins expert en la matière.

Le monde dans lequel nous vivons (nous inclus) est la matière première de création des artistes qui nous entourent.
Ne leur anéantissons pas toute inspiration par des revendications la plupart du temps vides de sens !

Chacun a son « droit à l’image »…


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Discussion

22 commentaires pour “La parano « Droit à l’image »”

  1. Très bon article qui résume parfaitement la situation et qui permet de donner des clés aux photographes pour mieux faire accepter leur présence.

    Posté par Joseph |
  2. Perso ça ne me dérange pas d’être photographié, ça m’amuse même (voir mon blog, je viens d’écrire un article là-dessus). D’ailleurs peu importe mon cas personnel d’ailleurs mais je pense qu’en gros les gens sont finalement assez indifférents à être photographiés, et il y en a qui aiment. Le problème est d’éviter de tomber sur ceux qui n’aiment pas et sont prêt à faire une esclandre au cas où.. Et là je pense que c’est à la fois une question d’instinct (donc de pratique) et d’attitude (i.e. son comportement en tant que photographe).

    Sinon sur le fond bien évidemment, ces histoires de « droit à l’image » sont disproportionées. Ou plutôt je dirais que c’est hypocrite, car finalement c’est principalement dans nos sociétés occidentales que l’on retrouve le problème, là même où tous le monde « consomme » de l’image à longueur de journée et de façon particulièrement vorace. Martin Parr s’étonnait (de façon ironique) que l’on trouve anormal d’être photographié dans son supermarché alors qu’il est tout à fait normal de filmer des soldats et des victimes sur des fronts de guerre bien lointains. Tout est dit là…

    Posté par jacques philippe |
  3. Je trouve l’article très intéressant et je suis totalement d’accord avec ce manque que tu appelles le « droit à la création ». Et même si malheureusement je pense que les personnes qui s’y refusent aujourd’hui, pensent surement que dans un monde de consommation ils pourront en retirer qqch, le réel problème me semble être ailleurs.
    Tu l’abordes à un moment sans le développer en disant « De quel droit peut-on empêcher quelqu’un de créer, dans la limite du bon goût et du respect ? »

    Au fond, le problème en termes de droit, c’est d’arriver à fixer une limite. Et même si dans tous les cas, ce droit à la création témoigne d’un réel intérêt et d’une véritable envie de mise en valeur du sujet traité par l’artiste, où placerais-tu la limite du bon goût et du respect ? Comment protéger les personnes d’une utilisation qui heurterait leur sensibilité et leur sens moral propre à chacun?

    Posté par Ludo |
  4. 100% d’accord avec tout ce que tu évoques dans ce texte. Et pourtant, je me dis souvent que ce foutu droit à l’image ouvre involontairement la voie à une autre forme de créativité : les artifices que nous utilisons (user du flou, « couper la tête », se mettre soi-même en scène…) dans un premier temps pour tenir compte de cette contrainte, deviennent dans un second temps une autre vision du monde, souvent différente, parfois plus originale.
    Comme d’hab, les photos qui illustrent cet article sont top !

    Posté par Raynald |
  5. Remarquable article!Tu mets le doigt sur le « paradoxe français » Les gens font la queue pour voir les expositions des photographes humanistes mais ils ne veulent surtout pas être eux-même photographiés,la peur qu’on se fasse de l’argent sur leur dos peut être?Tous les reporters s’en plaignent, il devient impossible de travailler en France.Mais le phénomène n’est pas nouveau, voir les ennuis de Robert Doisneau dans les années 90(il y a pres de 2O ans quand même) pour une photo faite dans les années 50: le fameux » Baiser de l’Hotel de Ville »

    Posté par gerard |
  6. Parce que ma réaction est trop longue, j’en ai fait un billet. Je suis d’accord avec toi sur le fond, mais il y a plein de petites choses qui me gênent.

    Posté par Lluciole |
  7. Voila bien un article hyper intéressant qui décortique bien ce problème qui rend la tâche de tous les photographes de société chez nous. Un problème qui est souvent moins vrai sous d’autres latitudes…

    Un problème qui résume bien pourquoi je ne fais pas de ce style de photographie… probablement par peur des conflits que cela peu engendrer quand on prend les gens sans prévenir. Mais une fois prévenu… on perd tout naturel…d’ou dilème!

    amitiés

    Posté par Vincent |
  8. Bon texte et je te rejoins entièrement sur les points que tu soulève.

    Pour approfondir la réflexion, je te conseille la lecture du texte « somme nous propriétaires ou possédés » qui aborde ce problème d’un point de vue philosophique ou anthropologique :
    http://web.archive.org/web/20071220015820/http://www.lexception.org/article29.html

    Perso ce texte m’a beaucoup inspiré sur cette problématique :).

    Posté par Pierre |
  9. Merci à tous pour vos réactions !

    Joseph, j’espère que cela peut nous donner les clés et nous aider à prendre confiance pour photographier, à avoir des arguments pour convaincre les autres du bien fondé de notre démarche ! Moi même, le fait mettre les choses au clair pour vous les faire partager, cela m’aide parfois à structurer mes idées afin de les faire valoir dans d’autres contextes.

    Jacques, en effet il faut chaleureusement remercier toutes les personnes qui « n’en font pas tout un fromage » d’être photographiées, nous permettant même d’exploiter nos images !
    Heureusement que le monde n’est pas seulement fait de grincheux !!
    La réflexion de Martin Parr que tu cites est édifiante.

    Ludo, c’est vrai que la limite n’est pas facile à définir. Ainsi, interdire est la solution la plus simple même si elle n’est pas la plus judicieuse… Je ne sais pas moi-même où placer cette limite mais en photographiant dans la rue, il me semble difficile de parvenir à réaliser une image de vraiment mauvais goût !

    Raynald, bien sûr toute contrainte peut être exploitée créativement… Mais être artiste, c’est surtout se créer ses propres contraintes pour se surpasser, faire quelque chose de différent, de nouveau. Une contrainte imposée engendre les même réactions des créatifs… ce qui correspond davantage à une mécanique qu’à une démarche artistique !
    Merci pour ton commentaire sur les photos. :)

    Gérard, les gens ne veulent pas qu’il arrive à eux-même ce qu’ils acceptent pour les autres, c’est bien connu. Et quand l’argent s’en mêle…

    Vincent, la photographie nature est donc une photographie de timides !!
    Les gens ne se rendent pas compte à quel point il est difficile d’aller vers eux, de les photographier, même sans leur demander la fâââmeuse sacro-sainte autorisation….

    Pierre, Complexe mais très intéressant le texte que tu cites ! Merci pour ce lien.
     


    J’ai répondu à luciole sur son site, réponse que je reprends ici.

    Luciole,

    Merci pour ta réaction, quoi aussi vive, sans aucun doute, que mon message d’origine !

    Pour info, cet article sur le droit à l’image ne fait pas suite à un événement particulier, à une rencontre. Il n’a pas été écrit à chaud. Je regrette donc que tu le trouves agressif car, de mon côté, j’espérais exprimer mon point de vue sans attaquer personne mais plutôt pour dénoncer « la réaction ambiante », le « rejet de principe » qui est de mise vis à vis de la photographie.

    En effet, mon article est écrit en mode « billet d’humeur ».
    Et s’il semble un peu virulent, c’est tout simplement parce que je me sens trop souvent prisonnière dans ma pratique.
    La création est ma manière d’exister, et la manière dont les gens interprètent le droit à l’image et le revendique et, pour moi, une privation de liberté.
    C’est d’autant plus frustrant que je n’estime pas du tout que ma liberté empiète sur celle des autres et que je puisse porter préjudice à quelqu’un en photographiant. Si c’était le cas, rien que de le savoir, cela me rendrait malade et m’empêcherait de photographier de toute façon.

    Je ne pense pas du tout que la problématique du droit à l’image soit à reliée à la réticence des gens à apparaître sur une image. Tout simplement parce que cette dernière est liée à une crainte de SE VOIR sur une photo d’ami ou de famille sur laquelle on ne se trouvera pas à notre avantage !
    Mais être photographié dans la rue parce qu’un photographe a estimé que notre silhouette valait le coup d’être captée, cela ne provoque pas ce genre de risque. Soit nous sommes bien aises de savoir que nous ne verrons jamais la photo, soit nous souhaitons au contraire nous y intéresser et rien ne nous empêche de demander au photographe de nous faire parvenir sa photo par mail !
    Les gens ne s’intéressent pas à ce que l’on fait.
    Cela ne leur vient jamais à l’idée de dire « Je suis bien curieuse de savoir ce qui vous a poussé à me prendre en photo ! Aurai-je la possibilité de la découvrir ? ».

    Expliquer sa démarche artistique ?!
    Tu veux dire, en pleine rue, sans image à montrer, à des gens pressés d’aller faire leurs courses ou de revenir de l’école ?
    Sincèrement ce n’est pas possible ! De plus, le faire avant, c’est tuer la spontanéité de l’image.
    Après, c’est trop tard. On nous reproche déjà de « ne pas avoir demandé l’autorisation ».

    La mention « tous droits réservés » est très particulière.
    Elle est utilisée par un média quand il veut indiquer qu’une image est soumise au droit d’auteur mais qu’il ne connait pas ou ne souhaite pas donner le nom du photographe (la mention DR est rejetée par les photographes qui la considèrent, à juste titre, comme une dérive)!
    Cela signifie que personne d’autre n’a le droit de reprendre la photo et de l’utiliser.
    Heureusement ! Car si je te photographie et que tu apparais sur mon site, j’espère que tu trouverais l’image suffisamment artistique et que tu t’estimerais suffisamment peu reconnaissable (je prends souvent les gens de dos, ou de loin comme marqueurs d’espace) et que tu ne t’en offusquerais pas.
    Cependant, si quelqu’un me vole la photo sur le site pour la mettre dans un média avec une légende diffamatoire, là il y a préjudice, et je n’en serai pas responsable !

    En ce qui concerne la question de s’approprier un moment de la vie de quelqu’un, cela ne me semble éventuellement valable que pour ceux qui font de la photographie vraiment très reportage.
    Je ne pense pas qu’en regardant quasiment n’importe laquelle de mes images, on pense que la qualité de la photo dépend du modèle, que c’est en m’appropriant quelque chose que je fais de bonnes images !
    J’espère, comme tu le dis, transcender mes modèles comme le fait un écrivain.
    Le rapport te semble plus lâche en écriture parce que tu considères la photographie comme quelque chose de trop descriptif sans doute. Mais un texte peut être bien plus proche du réel qu’une image.
    La seule différence est le medium utilisé, et le fait que la photographie soit un medium visuel.

    De toute façon, pourquoi refuser d’être une source d’inspiration ?

    Quand je photographie quelqu’un, je ne lui enlève rien. Je perçois en lui quelque chose que lui-même n’a pas perçu, dans son attitude, son rapport à l’environnement, son regard etc.
    Je ne m’approprie rien d’autre que ce que je crée ! Les gens photographiés sont des supports, des prétextes, ne leur en déplaise !
    Comme je le disais, c’est une manière de se rendre important que de revendiquer son droit à l’image, cela laisse à penser que le modèle qui fait l’image et donc qu’il a le droit de s’opposer à sa création (ce qui est faux).
    Il ne faut pas confondre le fond et la forme. C’est l’artiste qui fait l’image.
    Le modèle n’est pas plus important que le vêtement qu’il porte, la voiture qui passe ou l’arbre en arrière plan !

    Concernant ta réaction par rapport à Mona Lisa, il faut rappeler que ce qui importe n’est pas la situation de prise de vue mais la situation de diffusion.
    Tout au long de mon article, j’ai exprimé mon regret de n’être pas libre quand je photographie sans me plaindre des restrictions d’utilisation.
    Ainsi, que la personne ait posé ou non, cela importe peu.
    Quand tu regardes quelqu’un, a-t-il la possibilité de choisir ?! Eh bien non.
    Si cela ne lui plait pas d’être observé, il ne peut pas y faire grand chose à part s’en aller. La photographie n’est qu’un regard un peu appuyé.
    Tout comme, dans un milieu public, on est soumis au regard des autres, on est soumis aussi à leur appareil… et il y a des malheurs bien plus grands !

    Enfin, je suis d’accord avec toi pour dire que photographier l’humain, c’est aller à sa rencontre.
    Mais venir dialoguer puis photographier n’est pas la seule manière possible.
    Car, de cette manière, il y a 80% des situations que tu laisses de côté !
    Quand je veux photographier la frénésie des soldes, l’attitude pressée des passants dans la rue, la spontanéité d’un regard enfantin, je ne peux pas procéder ainsi.

    Merci en tous cas pour ta longue réaction. Il est essentiel que s’ouvre un débat à ce sujet !

    Posté par Anne-Laure Jacquart |
  10. je suis entièrement d’accord avec ton article, j’ai utilisé les mêmes arguments il y a quelques temps avec un sujet de ma série inconnu portrait. Après quelques longs échanges électroniques et courtois, je n’ai plus eu de nouvelles, ce que j’ai interprété par  » vous avez raison, mais je ne veux pas vous le dire »

    amicalement,
    Glen

    Posté par GLENSCOLAN |
  11. Un article fort intéressant encore une fois! et traité avec un ta vivacité d’écriture qui lui donne du corps!
    Pour ce qui est d’être photographiée dans la rue, c’est une chose que je ne supporte pas! mais pas en raison du droit à l’image, c’est parce-que je me suis toujours détestée en photo!
    Un jour, je me suis rendu compte que mes enfants auront très peu de photos de leur maman… alors depuis je me laisse photographier … un peu plus.

    Du coup cet article me fait poser une question: Est-ce que la qualité d’images auxquelles sont habitués les « sujets » peut influer sur leur souhait d’être photographié ou non ?

    Posté par Catherine |
  12. @Catherine

    Je comprends parfaitement votre point de vue. Ma mère est comme ça aussi, elle déteste être photographiée, quelle qu’en soit le contexte…

    Pour réagir à votre question (« Est-ce que la qualité d’images auxquelles sont habitués les « sujets » peut influer sur leur souhait d’être photographié ou non ? ») je pense que oui, évidemment. Je parle là surtout des images publiées dans les médias, en particulier les magazines féminins etc… Et c’est pour cette raison précise que je trouve interessant et « vivifiant » de faire et voir des photos de gens dans la rue. Personellement je trouve les gens plus interessant et plus touchant dans leur vie de tous les jours plutôt que figées et ultra-make-upés sur le papier des magazines. Prenez le temps de voir les images de Helen Levitt, si vous ne trouvez pas cela touchant je ne peux rien faire pour vous :-)

    D’une manière générale je trouve que notre époque est beaucoup trop esthétisante, avec tout l’aspect superficiel qui va avec. Il ne faut pas avoir honte de ce que l’on est (je dis cela de manière générale, on peut detester être photographié indépendamment de cela, et il faut respecter cela). Il me semble qu’aujourd’hui, la « réalité-vrai » est de plus en plus tabou, et c’est dommage. D’ailleurs c’est plutôt à cause de cela je pense, que les photographes de rue sont mal perçus, plutôt que pour des histoires de droit à l’image stricto-sensu.

    Posté par jacques philippe |
  13. je me joins aux autres pour te féliciter pour cet article, tu soulèves un problème quotidien des photographes (notamment « de rue »), combien de fois ai je entendu dans un marché ou autre : « vous n’avez pas le droit de photographier! » alors j’explique calmement que j’ai le droit, tout comme un touriste mais que si j’expose ou publie la photo il me faut l’autorisation de la personne.

    il me semble que la loi du droit à l’image n’existe qu’en france en tout cas il est beaucoup plus facile de photographier « les autres » dans d’autre pays comme l’espagne, l’italie, les états-unis …

    ici, on sent une animosité dès que l’on braque son appareil en direction de quelqu’un. peut être est ce dû au champ lexical utilisé : on shoot, on pointe, on vise, on braque …

    Posté par yogi |
  14. Article très intéressant sur un problème déjà vécu…

    J’aime beaucoup cette idée de « droit à la création » et par extension « droit à l’image » qui semble effectivement absente pour les photographes alors que nous sommes néanmoins des artistes (en herbes pour ma part, enfin chacun à son niveau : amateur, professionnel :-D ).

    Posté par Le P'tit Nicolas |
  15. Article fort intéressant quoiqu’un peu trop subjectif à mon gout.
    Lluciole et Jacques Philippe contribuent à diversifier les perspectives. Passionnant.

    Posté par Lark |
  16. Dans le fait de ne pas vouloir être photographié, il y a deux choses qui peuvent apparaitre:
    l’utilisation qui sera faite de l’image, si c’est pour une utilisation restreinte ca peut aller si c’est pour se retrouver dans un article sur les jeunes alcooliques et drogués, bof bof…
    le gain généré par l’image, si l’image devient la future Joconde ou génère un gain il me semble normal que le modèle involontaire soit aussi gagnant.

    Posté par Thomas |
  17. Fort bien dit. Merci.

    Posté par Serge |
  18. Raymond Depardon, qui a photographié dans le monde entier en parlant une petite cinquantaine de mots en anglais à peine, disait récemment que cette perception populaire du photographe anonyme portant son objectif à hauteur d’une personne avait atteint un tel point que lui-même ne photographie plus à Paris…

    Ca laisse songeur quand même sur les effets dévastateur de la communication moderne.

    Posté par JJ |
  19. Très bon article.
    il faut savoir en effet que la jurisprudence récente donne de plus en plus raison aux photographes.
    il n’y a d’ailleurs que des décisions de jurisprudence qui régissent le droit à l’image en France, pas de texte de loi.
    en gros, le droit à l’image vise principalement à protéger le dignité de la personne, ainsi que le respect de sa vie privée.

    le droit à l’image cède de plus devant le droit à l’information comme dit plus haut, mais également devant la liberté dite de création artistique.

    je vous renvoie à une décision de la 17ème chambre du TGI de Paris datée du 9 mai 2007 donnant raison à un photographe qui avait publié dans son recueil de photos des portraits de passants, ainsi que dans son exposition, face à une des personnes photographiée conte son gré et qui réclamait « réparation » :

    extrait de la décision du TGI :

    « [...] S’agissant de l’atteinte alléguée au droit à l’image, si toute personne dispose sur son image et sur l’utilisation qui en est faite, en vertu du même article 9 du code civil, d’un droit exclusif lui permettant de s’opposer à sa reproduction sans son autorisation, ce droit n’est pas absolu et doit se concilier avec la liberté d’expression qui est garantie tant par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme, lequel en organise la protection en n’admettant de limites que nécessaires dans une société démocratique et proportionnées au but légitime
    poursuivi. Ainsi, il est admis que le droit à l’image puisse céder devant le droit à l’information du public dans le souci de l’illustration légitime d’un événement d’actualité ou d’un sujet d’intérêt général. Il doit en être de même lorsque l’exercice par une personne de son droit à l’image aurait pour effet de faire arbitrairement obstacle à la liberté d’expression artistique, laquelle relève de la liberté de recevoir ou communiquer des idées.
    Tel serait en particulier le cas dans le domaine de l’art photographique si l’auteur des clichés se trouvait contraint de solliciter systématiquement le consentement des personnes à ce que leur image puisse être fixée,puis ensuite publiée, ce qui aurait pour effet de compromettre les photographies prises sur le vif ou la
    représentation de scènes de rue, en dépit de l’ancienneté et de la noblesse de cette forme artistique à laquelle s’attache des noms illustres, et de limiter la forme d’expression de l’artiste en le dépossédant du choix des clichés à paraître et de la présentation d’ensemble qu’il souhaite donner à son oeuvre. Aussi, dans ce domaine, seule une publication contraire à la dignité de la personne ou revêtant pour elle des conséquences d’une particulière gravité est-elle de nature à constituer une atteinte au droit à l’image susceptible de réparation. [...]« 

    Posté par didier |
  20. Bonjour,

    Je rentre après un trajet très énervant en RER, et je cherchais quel recours je pourrais avoir la prochaine fois que ce genre de désagrément se reproduit.
    Je rejoins un commentaire précédent, votre article est très partial.
    Vous partez du postulat qu’il n’y a que de gentils et respectueux photographes (amateurs ou professionnels) qui ne demandent qu’à exercer leur art.
    Que faites vous de tous les photographes en puissance munis d’APN ou de téléphones qui vous tirent le portrait ostensiblement et impunément???
    Un type m’a prise en photo avec son Iphone dans le RER, et je vous garantis que ce n’était pas de l’art. J’imagine déjà l’usage sur Facebook ou autre.
    Fixer l’image a des conséquences et ne peut en aucun cas s’apparenter à un regard appuyé.
    un regard ne peut se transmettre à des tiers.
    Je suis profondément dérangée que cet homme puisse regarder ma photo à loisir et le diffuser dans l’immensité du web.
    Je trouve donc anormal que la loi ne me permette pas d’exiger qu’il efface cette photo!
    Ce n’est pas la première fois en plus. La dernière fois, le type avait montré que c’était un argentique, donc inéfaçable…
    Je le ressens comme une forme de viol, même si le mot est fort.
    Et je comprends l’agressivité de vos modèles non consentants. J’ai vraiment réfléchi à aller à la confrontation, et je me suis contenue avec effort, et regret.

    En outre, vous n’abordez pas non plus un aspect culturel. certaines croyances disent que la photo vole l’âme du modèle (vous le dites vous même avec vos mots), d’autres vont plus loin, comme ds le vaudou, où la photo peut être un vecteur pour vous atteindre.
    De quel droit votre art justifierait que des personnes qui croient à ces préceptes soient angoissées du devenir de cette prolongation de leur être ?

    Je vois moi même parfois des moments/images dont je me dit que ce serait une belle photo, un témoignage de notre époque. Eh bien je les photographie avec les yeux.
    Et si je veux les partager, je les raconte/ écris.
    Je ne vole pas l’image.

    Je comprends vos préoccupations. Mais de nos jours, avec l’omniprésence des appareils photos et d’Internet, et des vidéos, je pense qu’il est plus que jamais temps de protéger vie privée et image des personnes.

    Posté par Dona |
  21. Dona, je comprends votre malaise mais je ne crois pas que la photographie en soit la cause.

    Lorsque nous nous montrons en public, nous sommes soumis au regard des autres, ainsi qu’à leur jugement et leur moquerie. Combien de fois ne nous sommes nous pas sentis mal à l’aise face à un groupe qui nous prend à partie, se moque de nous, nous tourne en dérision ? Malheureusement, dans cette situation, nous ne pouvons rien faire et je comprends bien votre frustration et votre sentiment d’impuissance.

    Le problème dont vous parlez existe donc en dehors de la photographie. Celle-ci n’a que pour effet d’accentuer un problème qui existe déjà.
    Tout comme des inconnus peuvent se moquer de vous la journée durant en racontant à tous leurs amis votre lapsus ou votre chute dans la rue, ils peuvent aussi commenter la photo qui a été réalisée de vous. Que peut-on faire contre cela, je ne le sais pas…
    Le problème me semble cependant être le non-respect de certaines personnes pour les autres, et la manière dont ils vous ont ostensiblement photographiée avec provocation et non le medium utilisé.

    Quand à voler l’âme du modèle, cela me semble une réaction primitive, compréhensible pour des gens non habitués à la réalisation de portraits et troublés par la surprenante ressemblance obtenue, mais, de nos jours et dans notre culture, je ne me vois pas prendre en compte ce genre de peur sans fondement !
    Si j’ai un chat noir et que ma voisine est superstitieuse, je ne vais pas, pour autant, euthanasier mon chat sous prétexte que cette personne le voit passer sous ses fenêtres ! De même, si ma tenue vestimentaire déplait à certains, je ne suis pas pour autant dans l’obligation d’en changer.
    Il s’agit de libertés individuelles. La mienne est de pouvoir photographier et j’essaie de toujours le faire dans le plus grand respect d’autrui et avec des intentions louables.

    Posté par Anne-Laure Jacquart |
  22. Bel article et j’ai aussi lu et apprécié les commentaires de chacun.
    Merci Didier pour la diffusion de ce jugement du tribunal, j’ai bien envie de l’imprimer et de toujours l’avoir sur moi « au cas où » :)
    Anne-Laure je t’admire car ce n’est pas évident d’assumer ce débat, certaines personnes peuvent avoir une réaction assez virulente. Mais en tant que photographe d’instants de vie, je suis tout à fait d’accord.

    Posté par Maïa |

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