Billets d'humeur Photo

La parano « Droit à l’image »



La notion de « droit à l’image » n’est, bien entendu, pas contestable.
Chaque personne a un droit de regard sur son image. Il semble normal qu’une photo prise à la volée de vos enfants ne serve pas d’illustration magazine pour un article sur la pédophilie sans votre consentement !

Ceci dit, ce genre de situation extrême arrive rarement et, dans la vie courante, l’appréhension ressentie vis à vis des « porteurs d’appareils photo » n’est pas souvent justifiée.


De nos jours, les photographes sont réellement stigmatisés.
Nous rencontrons alors des réactions bien disproportionnées par rapport au prétendu préjudice que nous serions susceptible de créer aux personnes qui nous entourent !

L’agressivité est souvent de mise… mais l’on ne prend pas la peine de se poser même la question :
Que risquons-nous vraiment quand on nous photographie ?
Que craignons-nous ? Que rejetons-nous, finalement ?

Je suis convaincue que les gens défendent leur droit à l’image bien davantage par principe que pour des raisons réelles.



Est-ce internet qui crée cette méfiance vis à vis de l’image ?

A l’heure où tout un chacun sème ses informations personnelles sur la toile sans bien se soucier de ce qu’il en adviendra, on voit d’un mauvais oeil qu’une tierce personne puisse utiliser notre corps comme marqueur d’espace pour une photographie artistique
Dans notre société ou l’aspiration d’une majorité semble être de s’afficher dans un programme de télé réalité dont il ne maîtrise ni les tenants ni les aboutissants, ou, à défaut de cela, d’avoir l’occasion de passer dans un canard local (la fameuse heure de gloire à laquelle nous avons tous accès un jour ou l’autre), pourquoi cette réaction de rejet vis à vis de la photographie ?

Qu’un internaute, au fin fond de la Bolivie, puisse contempler notre jolie bouille sur un site quelconque nous pose-t-il réellement un problème ?
Le droit à l’image se justifie quand nous sommes reconnaissables et qu’il y a préjudice.
Ainsi, qu’un inconnu découvre une image qui nous représente prise dans un lieu publique, cela a-t-il finalement la moindre importance ?

Nous sortons aux yeux de tous pour aller faire nos courses sans craindre d’être regardé…
L’image fixe pose-t-elle un problème différent ?


Si c’était vos enfants qui se trouvaient sur ces images, en demanderiez-vous le retrait du site ?

 

Les gens souhaitent faire respecter, bec et ongles sortis, quelque chose qui ne leur apporte rien mais crée une énorme contrainte pour d’autres (les photographes en l’occurrence).
Bel exemple d’altruisme !

Le fait de penser qu’il pourrait peut-être y avoir quelque chose à y gagner en cas de litige a-t-il une influence sur ce comportement ? S’agit-il juste du plaisir de se sentir puissant et d’imposer son dictat à d’autres, une manière particulière de de « marquer son territoire » ?!

Certains réagissent même presque comme s’ils avaient un « droit d’auteur » sur une image qui les représente
Quel amalgame !!

 

Il est essentiel de rappeler que rien ne vous interdit de photographier les gens dans la rue.
Non, non, absolument rien !
C’est l’utilisation des images qui est réglementée.
Ainsi, qu’une photographie de votre voisin soit sur votre carte mémoire ou votre ordinateur, cela ne peut donner lieu à aucune réclamation. Les gens ne sont pas en droit de vous faire supprimer une image de votre appareil.



L’image se démocratise. Chacun va de son avis pour affirmer que c’est un mal ou que c’est un bien.
Bref. L’image est partout.
La télévision est comme une zone de non droit en ce qui concerne le respect de la personne.
La photographie de presse, elle-même, jouit d’un statut particulier, justifié par un « droit à l’information ».

Mais qu’en est-il du « droit à la création » dont nous avons besoin, nous autres, photographes amateurs ou professionnels ?!
A notre manière, nous aussi, nous informons, fixons notre temps.
Et si nous avions vraiment en tête les éventuelles représailles auxquelles nous nous exposons, je crois bien que nous n’achèterions plus même d’appareil.

Car enfin, que pouvons nous photographier sans risque dans nos villes où tout est fait de la main de l’homme ?
Quand nous avons l’autorisation de notre modèle, qu’en est-il de ses Nike ©, de son Levi’s ©, de la maison d’architecte visible en arrière plan, de la canette de Coca © qu’il tient à la main ?!
La photo nature a de quoi faire des adeptes pour sa liberté législative !!



La photographie est mon moyen d’expression.
C’est le médium par l’intermédiaire duquel je crée, mon espace de liberté (quoique)…
Ainsi, n’est-il pas essentiel de s’interroger sur un autre « droit à l’image », celui du photographe ?!

Mona Lisa subit-elle un préjudice d’être ainsi exposée aux yeux de tous ?
Lorsqu’un écrivain s’inspire de personnes qu’il a croisées pour créer un personnage fictif, est-ce que quelqu’un cherche à revendiquer un droit quelconque pour une personnalité, un style vestimentaire, une manière d’être ?
De même, il semblerait bien que les chansons d’amour, de tout temps, aient été inspirées par quelqu’un

Cette notion d’ « image » a-t-elle tant d’importance que cela ?
Le fait de « voir » change-t-il réellement la donne ?


Les photographies que nous faisons ne sont pas des vols, des rapts ! Ce sont des hommages.
Comment la réaction de tout un chacun peut-elle être l’agressivité et non la fierté ?

Retranscrire l’intensité d’un regard, la beauté d’une chevelure, l’étrangeté d’un moment, cela correspond à une expression artistique. De quel droit peut-on empêcher quelqu’un de créer, dans la limite du bon goût et du respect ?

Ainsi j’aimerais que nous gardions cela en tête et, si possible, que nous l’exprimions autour de nous.
Être photographié, c’est être l’objet d’une marque d’intérêt, d’un coup de coeur en même temps que d’un coup d’oeil.
C’est accepter d’offrir un peu de soi aux autres, dans une position altruiste, et d’être « modelé » par l’oeil d’un photographe, plus ou moins expert en la matière.

Le monde dans lequel nous vivons (nous inclus) est la matière première de création des artistes qui nous entourent.
Ne leur anéantissons pas toute inspiration par des revendications la plupart du temps vides de sens !

Chacun a son « droit à l’image »…


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Discussion

31 commentaires pour “La parano « Droit à l’image »”

  1. Très bon article qui résume parfaitement la situation et qui permet de donner des clés aux photographes pour mieux faire accepter leur présence.

    Posté par Joseph | mars 11, 2010, 23:30
  2. Perso ça ne me dérange pas d’être photographié, ça m’amuse même (voir mon blog, je viens d’écrire un article là-dessus). D’ailleurs peu importe mon cas personnel d’ailleurs mais je pense qu’en gros les gens sont finalement assez indifférents à être photographiés, et il y en a qui aiment. Le problème est d’éviter de tomber sur ceux qui n’aiment pas et sont prêt à faire une esclandre au cas où.. Et là je pense que c’est à la fois une question d’instinct (donc de pratique) et d’attitude (i.e. son comportement en tant que photographe).

    Sinon sur le fond bien évidemment, ces histoires de « droit à l’image » sont disproportionées. Ou plutôt je dirais que c’est hypocrite, car finalement c’est principalement dans nos sociétés occidentales que l’on retrouve le problème, là même où tous le monde « consomme » de l’image à longueur de journée et de façon particulièrement vorace. Martin Parr s’étonnait (de façon ironique) que l’on trouve anormal d’être photographié dans son supermarché alors qu’il est tout à fait normal de filmer des soldats et des victimes sur des fronts de guerre bien lointains. Tout est dit là…

    Posté par jacques philippe | mars 12, 2010, 4:43
  3. Je trouve l’article très intéressant et je suis totalement d’accord avec ce manque que tu appelles le « droit à la création ». Et même si malheureusement je pense que les personnes qui s’y refusent aujourd’hui, pensent surement que dans un monde de consommation ils pourront en retirer qqch, le réel problème me semble être ailleurs.
    Tu l’abordes à un moment sans le développer en disant « De quel droit peut-on empêcher quelqu’un de créer, dans la limite du bon goût et du respect ? »

    Au fond, le problème en termes de droit, c’est d’arriver à fixer une limite. Et même si dans tous les cas, ce droit à la création témoigne d’un réel intérêt et d’une véritable envie de mise en valeur du sujet traité par l’artiste, où placerais-tu la limite du bon goût et du respect ? Comment protéger les personnes d’une utilisation qui heurterait leur sensibilité et leur sens moral propre à chacun?

    Posté par Ludo | mars 12, 2010, 10:57
  4. 100% d’accord avec tout ce que tu évoques dans ce texte. Et pourtant, je me dis souvent que ce foutu droit à l’image ouvre involontairement la voie à une autre forme de créativité : les artifices que nous utilisons (user du flou, « couper la tête », se mettre soi-même en scène…) dans un premier temps pour tenir compte de cette contrainte, deviennent dans un second temps une autre vision du monde, souvent différente, parfois plus originale.
    Comme d’hab, les photos qui illustrent cet article sont top !

    Posté par Raynald | mars 13, 2010, 18:22
  5. Remarquable article!Tu mets le doigt sur le « paradoxe français » Les gens font la queue pour voir les expositions des photographes humanistes mais ils ne veulent surtout pas être eux-même photographiés,la peur qu’on se fasse de l’argent sur leur dos peut être?Tous les reporters s’en plaignent, il devient impossible de travailler en France.Mais le phénomène n’est pas nouveau, voir les ennuis de Robert Doisneau dans les années 90(il y a pres de 2O ans quand même) pour une photo faite dans les années 50: le fameux » Baiser de l’Hotel de Ville »

    Posté par gerard | mars 14, 2010, 9:05
  6. Parce que ma réaction est trop longue, j’en ai fait un billet. Je suis d’accord avec toi sur le fond, mais il y a plein de petites choses qui me gênent.

    Posté par Lluciole | mars 14, 2010, 22:05
  7. Voila bien un article hyper intéressant qui décortique bien ce problème qui rend la tâche de tous les photographes de société chez nous. Un problème qui est souvent moins vrai sous d’autres latitudes…

    Un problème qui résume bien pourquoi je ne fais pas de ce style de photographie… probablement par peur des conflits que cela peu engendrer quand on prend les gens sans prévenir. Mais une fois prévenu… on perd tout naturel…d’ou dilème!

    amitiés

    Posté par Vincent | mars 14, 2010, 23:06
  8. Bon texte et je te rejoins entièrement sur les points que tu soulève.

    Pour approfondir la réflexion, je te conseille la lecture du texte « somme nous propriétaires ou possédés » qui aborde ce problème d’un point de vue philosophique ou anthropologique :
    http://web.archive.org/web/20071220015820/http://www.lexception.org/article29.html

    Perso ce texte m’a beaucoup inspiré sur cette problématique :).

    Posté par Pierre | mars 15, 2010, 11:11
  9. Merci à tous pour vos réactions !

    Joseph, j’espère que cela peut nous donner les clés et nous aider à prendre confiance pour photographier, à avoir des arguments pour convaincre les autres du bien fondé de notre démarche ! Moi même, le fait mettre les choses au clair pour vous les faire partager, cela m’aide parfois à structurer mes idées afin de les faire valoir dans d’autres contextes.

    Jacques, en effet il faut chaleureusement remercier toutes les personnes qui « n’en font pas tout un fromage » d’être photographiées, nous permettant même d’exploiter nos images !
    Heureusement que le monde n’est pas seulement fait de grincheux !!
    La réflexion de Martin Parr que tu cites est édifiante.

    Ludo, c’est vrai que la limite n’est pas facile à définir. Ainsi, interdire est la solution la plus simple même si elle n’est pas la plus judicieuse… Je ne sais pas moi-même où placer cette limite mais en photographiant dans la rue, il me semble difficile de parvenir à réaliser une image de vraiment mauvais goût !

    Raynald, bien sûr toute contrainte peut être exploitée créativement… Mais être artiste, c’est surtout se créer ses propres contraintes pour se surpasser, faire quelque chose de différent, de nouveau. Une contrainte imposée engendre les même réactions des créatifs… ce qui correspond davantage à une mécanique qu’à une démarche artistique !
    Merci pour ton commentaire sur les photos. :)

    Gérard, les gens ne veulent pas qu’il arrive à eux-même ce qu’ils acceptent pour les autres, c’est bien connu. Et quand l’argent s’en mêle…

    Vincent, la photographie nature est donc une photographie de timides !!
    Les gens ne se rendent pas compte à quel point il est difficile d’aller vers eux, de les photographier, même sans leur demander la fâââmeuse sacro-sainte autorisation….

    Pierre, Complexe mais très intéressant le texte que tu cites ! Merci pour ce lien.
     


    J’ai répondu à luciole sur son site, réponse que je reprends ici.

    Luciole,

    Merci pour ta réaction, quoi aussi vive, sans aucun doute, que mon message d’origine !

    Pour info, cet article sur le droit à l’image ne fait pas suite à un événement particulier, à une rencontre. Il n’a pas été écrit à chaud. Je regrette donc que tu le trouves agressif car, de mon côté, j’espérais exprimer mon point de vue sans attaquer personne mais plutôt pour dénoncer « la réaction ambiante », le « rejet de principe » qui est de mise vis à vis de la photographie.

    En effet, mon article est écrit en mode « billet d’humeur ».
    Et s’il semble un peu virulent, c’est tout simplement parce que je me sens trop souvent prisonnière dans ma pratique.
    La création est ma manière d’exister, et la manière dont les gens interprètent le droit à l’image et le revendique et, pour moi, une privation de liberté.
    C’est d’autant plus frustrant que je n’estime pas du tout que ma liberté empiète sur celle des autres et que je puisse porter préjudice à quelqu’un en photographiant. Si c’était le cas, rien que de le savoir, cela me rendrait malade et m’empêcherait de photographier de toute façon.

    Je ne pense pas du tout que la problématique du droit à l’image soit à reliée à la réticence des gens à apparaître sur une image. Tout simplement parce que cette dernière est liée à une crainte de SE VOIR sur une photo d’ami ou de famille sur laquelle on ne se trouvera pas à notre avantage !
    Mais être photographié dans la rue parce qu’un photographe a estimé que notre silhouette valait le coup d’être captée, cela ne provoque pas ce genre de risque. Soit nous sommes bien aises de savoir que nous ne verrons jamais la photo, soit nous souhaitons au contraire nous y intéresser et rien ne nous empêche de demander au photographe de nous faire parvenir sa photo par mail !
    Les gens ne s’intéressent pas à ce que l’on fait.
    Cela ne leur vient jamais à l’idée de dire « Je suis bien curieuse de savoir ce qui vous a poussé à me prendre en photo ! Aurai-je la possibilité de la découvrir ? ».

    Expliquer sa démarche artistique ?!
    Tu veux dire, en pleine rue, sans image à montrer, à des gens pressés d’aller faire leurs courses ou de revenir de l’école ?
    Sincèrement ce n’est pas possible ! De plus, le faire avant, c’est tuer la spontanéité de l’image.
    Après, c’est trop tard. On nous reproche déjà de « ne pas avoir demandé l’autorisation ».

    La mention « tous droits réservés » est très particulière.
    Elle est utilisée par un média quand il veut indiquer qu’une image est soumise au droit d’auteur mais qu’il ne connait pas ou ne souhaite pas donner le nom du photographe (la mention DR est rejetée par les photographes qui la considèrent, à juste titre, comme une dérive)!
    Cela signifie que personne d’autre n’a le droit de reprendre la photo et de l’utiliser.
    Heureusement ! Car si je te photographie et que tu apparais sur mon site, j’espère que tu trouverais l’image suffisamment artistique et que tu t’estimerais suffisamment peu reconnaissable (je prends souvent les gens de dos, ou de loin comme marqueurs d’espace) et que tu ne t’en offusquerais pas.
    Cependant, si quelqu’un me vole la photo sur le site pour la mettre dans un média avec une légende diffamatoire, là il y a préjudice, et je n’en serai pas responsable !

    En ce qui concerne la question de s’approprier un moment de la vie de quelqu’un, cela ne me semble éventuellement valable que pour ceux qui font de la photographie vraiment très reportage.
    Je ne pense pas qu’en regardant quasiment n’importe laquelle de mes images, on pense que la qualité de la photo dépend du modèle, que c’est en m’appropriant quelque chose que je fais de bonnes images !
    J’espère, comme tu le dis, transcender mes modèles comme le fait un écrivain.
    Le rapport te semble plus lâche en écriture parce que tu considères la photographie comme quelque chose de trop descriptif sans doute. Mais un texte peut être bien plus proche du réel qu’une image.
    La seule différence est le medium utilisé, et le fait que la photographie soit un medium visuel.

    De toute façon, pourquoi refuser d’être une source d’inspiration ?

    Quand je photographie quelqu’un, je ne lui enlève rien. Je perçois en lui quelque chose que lui-même n’a pas perçu, dans son attitude, son rapport à l’environnement, son regard etc.
    Je ne m’approprie rien d’autre que ce que je crée ! Les gens photographiés sont des supports, des prétextes, ne leur en déplaise !
    Comme je le disais, c’est une manière de se rendre important que de revendiquer son droit à l’image, cela laisse à penser que le modèle qui fait l’image et donc qu’il a le droit de s’opposer à sa création (ce qui est faux).
    Il ne faut pas confondre le fond et la forme. C’est l’artiste qui fait l’image.
    Le modèle n’est pas plus important que le vêtement qu’il porte, la voiture qui passe ou l’arbre en arrière plan !

    Concernant ta réaction par rapport à Mona Lisa, il faut rappeler que ce qui importe n’est pas la situation de prise de vue mais la situation de diffusion.
    Tout au long de mon article, j’ai exprimé mon regret de n’être pas libre quand je photographie sans me plaindre des restrictions d’utilisation.
    Ainsi, que la personne ait posé ou non, cela importe peu.
    Quand tu regardes quelqu’un, a-t-il la possibilité de choisir ?! Eh bien non.
    Si cela ne lui plait pas d’être observé, il ne peut pas y faire grand chose à part s’en aller. La photographie n’est qu’un regard un peu appuyé.
    Tout comme, dans un milieu public, on est soumis au regard des autres, on est soumis aussi à leur appareil… et il y a des malheurs bien plus grands !

    Enfin, je suis d’accord avec toi pour dire que photographier l’humain, c’est aller à sa rencontre.
    Mais venir dialoguer puis photographier n’est pas la seule manière possible.
    Car, de cette manière, il y a 80% des situations que tu laisses de côté !
    Quand je veux photographier la frénésie des soldes, l’attitude pressée des passants dans la rue, la spontanéité d’un regard enfantin, je ne peux pas procéder ainsi.

    Merci en tous cas pour ta longue réaction. Il est essentiel que s’ouvre un débat à ce sujet !

    Posté par Anne-Laure Jacquart | mars 15, 2010, 14:46
  10. je suis entièrement d’accord avec ton article, j’ai utilisé les mêmes arguments il y a quelques temps avec un sujet de ma série inconnu portrait. Après quelques longs échanges électroniques et courtois, je n’ai plus eu de nouvelles, ce que j’ai interprété par  » vous avez raison, mais je ne veux pas vous le dire »

    amicalement,
    Glen

    Posté par GLENSCOLAN | mars 15, 2010, 18:09
  11. Un article fort intéressant encore une fois! et traité avec un ta vivacité d’écriture qui lui donne du corps!
    Pour ce qui est d’être photographiée dans la rue, c’est une chose que je ne supporte pas! mais pas en raison du droit à l’image, c’est parce-que je me suis toujours détestée en photo!
    Un jour, je me suis rendu compte que mes enfants auront très peu de photos de leur maman… alors depuis je me laisse photographier … un peu plus.

    Du coup cet article me fait poser une question: Est-ce que la qualité d’images auxquelles sont habitués les « sujets » peut influer sur leur souhait d’être photographié ou non ?

    Posté par Catherine | mars 17, 2010, 13:42
  12. @Catherine

    Je comprends parfaitement votre point de vue. Ma mère est comme ça aussi, elle déteste être photographiée, quelle qu’en soit le contexte…

    Pour réagir à votre question (« Est-ce que la qualité d’images auxquelles sont habitués les « sujets » peut influer sur leur souhait d’être photographié ou non ? ») je pense que oui, évidemment. Je parle là surtout des images publiées dans les médias, en particulier les magazines féminins etc… Et c’est pour cette raison précise que je trouve interessant et « vivifiant » de faire et voir des photos de gens dans la rue. Personellement je trouve les gens plus interessant et plus touchant dans leur vie de tous les jours plutôt que figées et ultra-make-upés sur le papier des magazines. Prenez le temps de voir les images de Helen Levitt, si vous ne trouvez pas cela touchant je ne peux rien faire pour vous :-)

    D’une manière générale je trouve que notre époque est beaucoup trop esthétisante, avec tout l’aspect superficiel qui va avec. Il ne faut pas avoir honte de ce que l’on est (je dis cela de manière générale, on peut detester être photographié indépendamment de cela, et il faut respecter cela). Il me semble qu’aujourd’hui, la « réalité-vrai » est de plus en plus tabou, et c’est dommage. D’ailleurs c’est plutôt à cause de cela je pense, que les photographes de rue sont mal perçus, plutôt que pour des histoires de droit à l’image stricto-sensu.

    Posté par jacques philippe | mars 17, 2010, 14:34
  13. je me joins aux autres pour te féliciter pour cet article, tu soulèves un problème quotidien des photographes (notamment « de rue »), combien de fois ai je entendu dans un marché ou autre : « vous n’avez pas le droit de photographier! » alors j’explique calmement que j’ai le droit, tout comme un touriste mais que si j’expose ou publie la photo il me faut l’autorisation de la personne.

    il me semble que la loi du droit à l’image n’existe qu’en france en tout cas il est beaucoup plus facile de photographier « les autres » dans d’autre pays comme l’espagne, l’italie, les états-unis …

    ici, on sent une animosité dès que l’on braque son appareil en direction de quelqu’un. peut être est ce dû au champ lexical utilisé : on shoot, on pointe, on vise, on braque …

    Posté par yogi | mars 18, 2010, 17:22
  14. Article très intéressant sur un problème déjà vécu…

    J’aime beaucoup cette idée de « droit à la création » et par extension « droit à l’image » qui semble effectivement absente pour les photographes alors que nous sommes néanmoins des artistes (en herbes pour ma part, enfin chacun à son niveau : amateur, professionnel :-D ).

    Posté par Le P'tit Nicolas | mars 22, 2010, 15:00
  15. Article fort intéressant quoiqu’un peu trop subjectif à mon gout.
    Lluciole et Jacques Philippe contribuent à diversifier les perspectives. Passionnant.

    Posté par Lark | mars 25, 2010, 2:18
  16. Dans le fait de ne pas vouloir être photographié, il y a deux choses qui peuvent apparaitre:
    l’utilisation qui sera faite de l’image, si c’est pour une utilisation restreinte ca peut aller si c’est pour se retrouver dans un article sur les jeunes alcooliques et drogués, bof bof…
    le gain généré par l’image, si l’image devient la future Joconde ou génère un gain il me semble normal que le modèle involontaire soit aussi gagnant.

    Posté par Thomas | mars 30, 2010, 14:31
  17. Fort bien dit. Merci.

    Posté par Serge | juillet 7, 2010, 0:18
  18. Raymond Depardon, qui a photographié dans le monde entier en parlant une petite cinquantaine de mots en anglais à peine, disait récemment que cette perception populaire du photographe anonyme portant son objectif à hauteur d’une personne avait atteint un tel point que lui-même ne photographie plus à Paris…

    Ca laisse songeur quand même sur les effets dévastateur de la communication moderne.

    Posté par JJ | septembre 21, 2010, 0:42
  19. Très bon article.
    il faut savoir en effet que la jurisprudence récente donne de plus en plus raison aux photographes.
    il n’y a d’ailleurs que des décisions de jurisprudence qui régissent le droit à l’image en France, pas de texte de loi.
    en gros, le droit à l’image vise principalement à protéger le dignité de la personne, ainsi que le respect de sa vie privée.

    le droit à l’image cède de plus devant le droit à l’information comme dit plus haut, mais également devant la liberté dite de création artistique.

    je vous renvoie à une décision de la 17ème chambre du TGI de Paris datée du 9 mai 2007 donnant raison à un photographe qui avait publié dans son recueil de photos des portraits de passants, ainsi que dans son exposition, face à une des personnes photographiée conte son gré et qui réclamait « réparation » :

    extrait de la décision du TGI :

    « [...] S’agissant de l’atteinte alléguée au droit à l’image, si toute personne dispose sur son image et sur l’utilisation qui en est faite, en vertu du même article 9 du code civil, d’un droit exclusif lui permettant de s’opposer à sa reproduction sans son autorisation, ce droit n’est pas absolu et doit se concilier avec la liberté d’expression qui est garantie tant par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme, lequel en organise la protection en n’admettant de limites que nécessaires dans une société démocratique et proportionnées au but légitime
    poursuivi. Ainsi, il est admis que le droit à l’image puisse céder devant le droit à l’information du public dans le souci de l’illustration légitime d’un événement d’actualité ou d’un sujet d’intérêt général. Il doit en être de même lorsque l’exercice par une personne de son droit à l’image aurait pour effet de faire arbitrairement obstacle à la liberté d’expression artistique, laquelle relève de la liberté de recevoir ou communiquer des idées.
    Tel serait en particulier le cas dans le domaine de l’art photographique si l’auteur des clichés se trouvait contraint de solliciter systématiquement le consentement des personnes à ce que leur image puisse être fixée,puis ensuite publiée, ce qui aurait pour effet de compromettre les photographies prises sur le vif ou la
    représentation de scènes de rue, en dépit de l’ancienneté et de la noblesse de cette forme artistique à laquelle s’attache des noms illustres, et de limiter la forme d’expression de l’artiste en le dépossédant du choix des clichés à paraître et de la présentation d’ensemble qu’il souhaite donner à son oeuvre. Aussi, dans ce domaine, seule une publication contraire à la dignité de la personne ou revêtant pour elle des conséquences d’une particulière gravité est-elle de nature à constituer une atteinte au droit à l’image susceptible de réparation. [...]« 

    Posté par didier | avril 7, 2011, 14:55
  20. Bonjour,

    Je rentre après un trajet très énervant en RER, et je cherchais quel recours je pourrais avoir la prochaine fois que ce genre de désagrément se reproduit.
    Je rejoins un commentaire précédent, votre article est très partial.
    Vous partez du postulat qu’il n’y a que de gentils et respectueux photographes (amateurs ou professionnels) qui ne demandent qu’à exercer leur art.
    Que faites vous de tous les photographes en puissance munis d’APN ou de téléphones qui vous tirent le portrait ostensiblement et impunément???
    Un type m’a prise en photo avec son Iphone dans le RER, et je vous garantis que ce n’était pas de l’art. J’imagine déjà l’usage sur Facebook ou autre.
    Fixer l’image a des conséquences et ne peut en aucun cas s’apparenter à un regard appuyé.
    un regard ne peut se transmettre à des tiers.
    Je suis profondément dérangée que cet homme puisse regarder ma photo à loisir et le diffuser dans l’immensité du web.
    Je trouve donc anormal que la loi ne me permette pas d’exiger qu’il efface cette photo!
    Ce n’est pas la première fois en plus. La dernière fois, le type avait montré que c’était un argentique, donc inéfaçable…
    Je le ressens comme une forme de viol, même si le mot est fort.
    Et je comprends l’agressivité de vos modèles non consentants. J’ai vraiment réfléchi à aller à la confrontation, et je me suis contenue avec effort, et regret.

    En outre, vous n’abordez pas non plus un aspect culturel. certaines croyances disent que la photo vole l’âme du modèle (vous le dites vous même avec vos mots), d’autres vont plus loin, comme ds le vaudou, où la photo peut être un vecteur pour vous atteindre.
    De quel droit votre art justifierait que des personnes qui croient à ces préceptes soient angoissées du devenir de cette prolongation de leur être ?

    Je vois moi même parfois des moments/images dont je me dit que ce serait une belle photo, un témoignage de notre époque. Eh bien je les photographie avec les yeux.
    Et si je veux les partager, je les raconte/ écris.
    Je ne vole pas l’image.

    Je comprends vos préoccupations. Mais de nos jours, avec l’omniprésence des appareils photos et d’Internet, et des vidéos, je pense qu’il est plus que jamais temps de protéger vie privée et image des personnes.

    Posté par Dona | juillet 25, 2011, 20:46
  21. Dona, je comprends votre malaise mais je ne crois pas que la photographie en soit la cause.

    Lorsque nous nous montrons en public, nous sommes soumis au regard des autres, ainsi qu’à leur jugement et leur moquerie. Combien de fois ne nous sommes nous pas sentis mal à l’aise face à un groupe qui nous prend à partie, se moque de nous, nous tourne en dérision ? Malheureusement, dans cette situation, nous ne pouvons rien faire et je comprends bien votre frustration et votre sentiment d’impuissance.

    Le problème dont vous parlez existe donc en dehors de la photographie. Celle-ci n’a que pour effet d’accentuer un problème qui existe déjà.
    Tout comme des inconnus peuvent se moquer de vous la journée durant en racontant à tous leurs amis votre lapsus ou votre chute dans la rue, ils peuvent aussi commenter la photo qui a été réalisée de vous. Que peut-on faire contre cela, je ne le sais pas…
    Le problème me semble cependant être le non-respect de certaines personnes pour les autres, et la manière dont ils vous ont ostensiblement photographiée avec provocation et non le medium utilisé.

    Quand à voler l’âme du modèle, cela me semble une réaction primitive, compréhensible pour des gens non habitués à la réalisation de portraits et troublés par la surprenante ressemblance obtenue, mais, de nos jours et dans notre culture, je ne me vois pas prendre en compte ce genre de peur sans fondement !
    Si j’ai un chat noir et que ma voisine est superstitieuse, je ne vais pas, pour autant, euthanasier mon chat sous prétexte que cette personne le voit passer sous ses fenêtres ! De même, si ma tenue vestimentaire déplait à certains, je ne suis pas pour autant dans l’obligation d’en changer.
    Il s’agit de libertés individuelles. La mienne est de pouvoir photographier et j’essaie de toujours le faire dans le plus grand respect d’autrui et avec des intentions louables.

    Posté par Anne-Laure Jacquart | juillet 25, 2011, 21:49
  22. Bel article et j’ai aussi lu et apprécié les commentaires de chacun.
    Merci Didier pour la diffusion de ce jugement du tribunal, j’ai bien envie de l’imprimer et de toujours l’avoir sur moi « au cas où » :)
    Anne-Laure je t’admire car ce n’est pas évident d’assumer ce débat, certaines personnes peuvent avoir une réaction assez virulente. Mais en tant que photographe d’instants de vie, je suis tout à fait d’accord.

    Posté par Maïa | février 8, 2012, 13:39
  23. Le débat est très intéressant. Il me semble bien qu’effectivement ce soit une question culturelle. Un ami qui est allé à Bali est revenu comblé car justement il a pu prendre là-bas des photos de la vie des gens sans aucune difficulté. Il semble que dans les pays du sud est asiatique, tout comme en Afrique (pour les autres pays je ne sais pas trop), il n’y a aucun problème pour photographier des personnes. Il semblerait même qu’ils considèrent cela comme un honneur. Je pense qu’effectivement, nos mentalités occidentales on changé notre état d’esprit vis à vis de l’autre, dans un sens pas toujours positif de méfiance et d’individualisme exacerbé. Lorsque je regarde les photos de Robert Doisneau, ses photos sont presque toujours celles de gens dans la rue. Et cela ne semble pas avoir posé de problème à l’époque. Je me demande comment on peut être témoins de la vie sans y inclure l’humain ! Cela me semble être également d’une grande hypocrisie, car si l’on vous photographie de loin avec un téléobjectif, ou caché derrière ses fenêtres, alors là ça n’est pas gênant, mais si l’on voit le photographe, c’est là que le bât blesse ? Je lisais justement hier le commentaire sur Facebook d’un photographe qui s’était fait prendre à partie, (et même quasiment agressé) par le vigile d’un centre commercial à cause du simple fait qu’il portait un appareil photo reflex. Il n’avait pas pris une seule photo dans le centre commercial !!! Donc je pense qu’il faut arrêter cette paranoïa collective, qui n’est que le reflet de notre peur de l’autre !
    Merci Anne-Laure pour ce débat effectivement courageux.

    Posté par Pascal Morenas | mars 11, 2012, 15:54
  24. Bonjour,

    vaste sujet, oh combien présent dans la pratique des amateurs -souvent très inquiets, comme de certains professionnels, parfois réellement inquiétés.
    J’ai été confronté diversement à cet interdit de photographier, le plus souvent imposé par un quidam dument vêtu de bleu, avec ou sans couvre-chef idoine.

    À la lecture du billet comme des commentaires, je me demande si les éclaircissements nécessaires ne devraient pas être apportés non par des juristes, mais par des penseurs de la vie sociale contemporaine, philosophe, sociologue, voire anthropologue.
    Quoique assez informé des aspects juridiques de la question, je me refuse à m’y laisser enfermer, car c’est aussi une question de relations humaines qu’il est question, c’est aussi de la notion même d’espace public qu’il est question.

    Il me semble caractéristique de lire « vie privée » -dans la rue ou les transports en commun.
    On vit exactement ce que certains auteurs dénoncent depuis quelque temps, la privatisation de tout l’espace public.
    « Là où je me trouve, vous devez vous considérer chez moi et me demander permission… »

    J’exagère ?

    Aujourd’hui, le premier [...] de passage saurait menacer de foudres judiciaires les plus grands noms de la photographie, tout en savourant la lecture de son magazine peepole, truffé d’images croustillantes.

    Le « problème » me semble encore plus aigu en Ile-de-France, dont je côtoie au quotidien les habitants dans un état de crispation exacerbé.

    Une parade peut-être : se déguiser en touriste à chemise exotique, simuler un accent quelconque, prendre en photo la Tour Eiffel (de jour bien sûr, sinon gare !) au flash et en profiter pour subrepticement faire de la photographie de rue en toute « impunité ».

    L’époque ne se prête guère à la sérénité. Cette crispation en est un symptôme parmi d’autres.

    Un petit doute en passant. Serions-nous [re]devenus empreints de pensée magique, à donner un tel pouvoir de possession à l’image photographique ?

    Désolé pour la longueur

    Posté par ima_jeu | mai 5, 2012, 14:26
  25. Vous basez votre article sur votre travail et votre point de vue en tant que photogrpahe. C’est très bien et pertinent mais attention à ne pas généraliser. La plupart du temps les gens ne savent pas quel « projet » ou intention, quel respect il porte ; d’autant qu’il est de plus en plus difficile de différencier pros et amateur (matériels se rapprochent).

    De nombreux photographes indés travaillent pour des magazines artistiques « trash » et malgrè un travail à saluer, ils sont loin de mettre en valeur leurs sujets pris sur le vif, bien au contraire! (Vice, etc).

    C’est évidemment le réflexe le plus légitime mais aussi le plus logique et celui à conseiller que de ne pas se laisser prendre en photo par un inconnu! Les aspirants à la TV réalité et au quart d’heure de gloire ne sont pas représentatifs de la « population de tout les jours ». Et si cette partie de la population qui fuit les appareils étrangers s’expose paradoxalement sans pudeur ni prudence sur les réseaux sociaux, c’est au moins louable qu’ils fassent attention « dans la vraie vie ».

    Et si nous mettions en parallèle la diffusion non pas de votre portrait mais de votre travail : si vos clichés étiez repris, utilisés et diffusés sans contrôle ou autorisation de votre part, quelles serait votre réaction d’auteur? Alors pensez bien que les gens fassent attention à leurs bouilles, qui leur tient encore plus à coeur : ce n’est pas une question de « ce que cela pourrait bien leur faire » ; mais de contrôle.. Ou alors vous prôneriez bientôt les réseaux de videosurveillance à outrance jusque dans nos jardins? Après tout c’est pour nous protéger et on râlerait « par parincpe plutôt que pour des raison bien réelles » …

    Posté par redred | décembre 17, 2012, 15:43
  26. PS IMPORTANT ET FINAL: l’art s’est toujours construit sur des interdits.. beaucoup de photographes on bravé les droits à l’image et on même obtenu gain de cause en justice au final.

    En effet (jurisprudence) : Le droi à l’image s’incline devant la liberté d’expression (notamment si l’aimge ne tourne pas en ridicule ou ne dégrade par la personne représentée)… (Civ. 1ère 13 janv. 1998, Bull n°14 ; Civ 1ère 16 juill 1998, Bull n°259)
    Il en résulte donc que la justice à stipulé que le respect de la vie privée n’est pas un criètre pertinent quand on parle de droit à l’image ! (Civ. 1ère 12 déc. 2000, D 2001, 2434)

    Voilà qui règle l’affaire!

    hop: pour s’informer http://www.lexinter.net/JF/la_protection_des_personnes_dans_la_jurisprudence_recente.htm

    Posté par redred | décembre 17, 2012, 15:53
  27. Intéressant point de vue que je comprend, mais que faire lorsque l’on demande gentiment à ne pas être photographié(e) pour une raison bien particulière et que cette demande n’est pas respectée?
    Petite brune boulotte et très mal dans ma peau, j’ai encore ce souvenir (pour moi terrible, même s’il semblera tout à fait anodin à d’autres) de ce photographe dans un parc alors que je lisais pour une série de clichés qu’il a pris sans même me demander. Après plusieurs refus de ma part qu’il n’a pas voulu entendre j’ai dû m’en aller car malgré mes demandes de plus en plus pressantes et mes larmes sur le point de jaillir à me sentir ainsi épiée, prise au piège sous son objectif il a continué….
    Peu digne d’intérêt pour certains, un véritable traumatisme pour ma part.

    Posté par spadie | décembre 17, 2012, 16:42
  28. Merci à tous de poursuivre ce débat (sans fin !) et d’apporter de l’eau au moulin afin que chacun y voit plus clair. :)

    Redred, il est en effet tout à fait évident que je parle « au présent du subjectif », de mon vécu en tant que photographe. Ceci dit, j’ai aussi une image, un visage et me sens donc concernée par la question de 2 manières.

    Je ne sais pas de quels photographes indépendants trash vous parlez…
    J’avoue que je n’ai vu que très rarement, dans des exposition, des photos prises sur le vif qui jouaient sur l’interdit. Je pense que cette pratique est très marginale.

    Les aspirants à l’exhibitionnisme lié à la télé réalité ne sont peut-être qu’une partie de la population (mais quand même non négligeable), mais ceux qui montrent leur visage et expriment sans retenue leurs émotions sur des blogs, des réseaux sociaux… ils sont des dizaines de milliers ! Cela confirme mon idée d’ « abus de pouvoir », de l’envie d’imposer son refus tout simplement parce que l’on y a droit sans se demander si cela nous bénéficie vraiment. D’un côté on étale sa vie privée mais, d’un autre côté, on refuse à l’autre de montrer une image sur laquelle on apparait…

    Pardonnez moi, Redred, mais le parallèle droit d’auteur / droit à l’image est une réaction qui, typiquement, m’agace. ;)
    Lorsque je fais une image, je crée une « oeuvre de l’esprit » (selon le Code de la Propriété intellectuelle), je fais un travail et un acte de création. Et cela mérite salaire. Utiliser mes photos sans me rémunérer ni me demander l’autorisation, c’est du vol.

    Le droit à l’image est un véto, qui ne correspond à aucun « mérite » et ne se monnaye pas. Lorsque je photographie quelqu’un dans la rue, ce n’est pas grâce à lui que la photo est bonne. ça aurait pu être quelqu’un d’autre. Mais le hasard a fait que ce soit cette personne-ci, et elle peut m’autoriser ou non à utiliser l’image (pour peu que j’aie l’occasion de m’adresser à elle, ce qui est rare et non oblige à enterrer des centaines d’images sur nos disques durs).

    Trouvez-vous vraiment la comparaison avec d’éventuelles vidéos de surveillance à outrance bienvenue et valable ?! Est-ce que j’espionne les gens, est-ce que je collecte des informations sur eux ? Non ! Je crée dans un lieu public et il se trouve que des gens circulent dans ce lieu public et apparaissent sur mes images. J’imagine qu’un photojournaliste ne serait pas ravi d’être comparé à une caméra de vidéosurveilance, bien qu’il réalise des images qui sont souvent informatives, évènementielles… Pour ma part, mes images sont artistiques, expressives et n’ont absolument rien à voir avec un document que l’on collecte sur quelqu’un ou sur un évènement.

    La jurisprudence a tendant, effectivement, à permettre l’expression photographique et à aller dans notre sens. Cependant, chaque jugement est différent, les jurisprudences évoluent et cela rend difficile une réelle assurance : qu’est-ce que je risque si j’utilise cette image, sur un site, dans une exposition, dans un livre commercialisé ?! Ainsi, les barrières persistent…

    Spadie, je suis vraiment désolée que vous ayez eu à vivre ce traumatisme dans votre enfance.
    Dans cet article, je parle surtout du problème que pose, pour les photographes, l’impossibilité, théorique en tous cas, de montrer, d’utiliser une image présentant une personne reconnaissable.
    Je parle d’utilisation et non de prise de vue.

    Pour ce qui est de la prise de photo, je trouve tout comme vous honteux de photographier une personne qui a exprimé ouvertement son refus !
    Autant il n’est pas souvent possible de demander l’autorisation de la personne car on enlèverait toute spontanéité au cliché, on ne peut pas alpaguer les personnes que l’on croise ni entrer dans des débats à chaque prise de vue, autant si une personne voit qu’elle est photographiée et semble récalcitrante à cela, il est normal de cesser toute prise de vue.
    C’est une simple question de respect et de savoir vivre.

    Je regrette cependant toujours le portrait que j’aurais voulu faire de cette dame âgée au joli visage et au foulard de la même couleur que sa porte d’entrée… Elle s’était malheureusement trouvée trop vieille pour être photographiée. Quel dommage !

    A votre question « que faire ? », je ne suis pas sûre d’avoir la réponse car je crois qu’effectivement, si vous vous trouvez dans un lieu public, on a le droit de vous photographier. Ainsi, partir est la meilleure chose à faire. Je comprends que vous vous soyez sentie très mal à l’aise.
    Quelles que soient les intention de ce photographe, son attitude est impardonnable. Peut-être vous a-t-il trouvée jolie, même si vous n’aimiez pas votre image à l’époque, ou a-t-il décelé une jolie lumière ou appréciait-il le décor autour de vous ? Quoi qu’il en soit, il est important de communiquer la raison pour laquelle on fait une photo.

    Ainsi, lorqu’une personne voit que je l’ai prise en photo (elle ou son jardin, sa maison…), je ne manque pas de lui dire « que son manteau rouge égaye formidablement le décor », qu’elle a « un magnifique jardin », que « la lumière dans ses cheveux m’a donné envie de photographier » afin qu’elle comprenne pourquoi je photographie.

    Respect et communication, c’est la clé de tout ! :)

    Posté par Anne-Laure Jacquart | décembre 17, 2012, 20:13
  29. [...] La notion de droit à l'image n'est, bien entendu, pas contestable. Chaque personne a un droit de regard sur son image.  [...]

    Posté par La parano « Droit à l’image » | Au Présent du Subjectif | Photographie professionnelle | Scoop.it | décembre 18, 2012, 12:05
  30. Vaste débat
    Il existe une vraie parano sur ce sujet
    Cartier Bresson, Doisneau, Ronis, etc. heureusement n’ont pas connu cela.
    Selon le pays et la législation la qualité des photos de rue ou « street photography » est très différentes.
    Est ce un hasard si les anglais sont meilleurs que nous ?
    Ou il faut faire comme Walker Ewans attendre que tous ceux que nous avons pris en photos soient morts.

    Bravo pour ton article qui mets les pieds dans le plat

    Posté par Régis NORY | décembre 30, 2012, 0:02
  31. [...] À lire dans cet autre blog : La parano du « droit à l'image » [...]

    Posté par Aurélie Filippetti et le droit à l’image | La photographie de rue | mars 10, 2013, 11:12

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