Ces trois photos se sont associées dans mon esprit, à travers des points communs qui « font le pont » d’une image à l’autre. Le rouge, bien sûr, la forme circulaire, l’évocation du véhicule, la tonalité plutôt cyan (naturelle ou juste révélée par le contraste dans les deux photos au cercle rouge), les lignes blanches qui se détachent sur un décor sombre, le caractère épuré, l’ambiance mystérieuse…
Je trouve intéressant de repérer, après coup, ces « ingrédients gagnants » communs qui font, sans doute, que ces photos m’ont plu, que leurs atmosphères me parlent.
Comme je l’ai fait parfois précédemment, je vais vous raconter l’histoire de cette photo, vous partager les coulisses et anecdotes de sa réalisation.
J’en profiterai pour décrypter l’image, en ce qui concerne le choix des éléments qui la constituent et la composition.
Cette image est à la fois toute simple et plutôt peu conventionnelle.
L’une des difficultés majeures de nos photographies urbaines ? Réaliser des photos structurées à la présence humaine « bien dosée » afin d’apporter lisibilité et attrait aux images réalisées dans la jungle de nos villes.
Je souhaite aujourd’hui vous faire partager la manière dont je réalise mes images urbaines. Ce n’est pas la seule démarche de prise de vue possible, évidemment, mais je trouve qu’elle permet d’obtenir des images bien composées, agréables à l’oeil avec une présence bienvenue. Cela vous tente ?
Le concept même d’instant décisif, cher aux amateurs de photographie, hérité de la photographie humaniste et des photo-reporters est parfois trompeur.
Cette idée met l’accent sur une certaine instantanéité de l’image. Il s’agit d’un moment précis à saisir grâce à l’appui sur le déclencheur. Ainsi, nous nous percevons à l’affut, traquant le sujet et déclenchant dans la foulée sur un labs de temps proche du soixantième de seconde.
Or la photographie n’est pas une discipline aussi instantanée qu’on le pense. Elle est faire d’anticipation, de réflexion… de patience et de persévérance.
Cette photographie a une histoire toute simple.
Elle est prise sur mon boulevard.
Je sors poster une lettre au coin de la rue, non sans avoir vérifié que mon petit compact, mon compagnon de tous les instants est bien au chaud au fond de mon sac.
Tiens, c’est sympa ces coulures blanches sur les parpaings !
Il faut dire que mon boulevard porte les stigmates d’un futur passage de tram.
Ce bout de rue que vous contemplez n’a plus que quelques semaines à vivre… un vrai instant décisif !! ;)
Maisons abandonnées, graffitis, fenêtres murées, mon boulevard se montre sous son plus mauvais jour pour que j’aie davantage envie de le photographier, moi qui aime les ambiances.
Au fur et à mesure de mes essais de cadrage, un mot apparait dans le champ…
“De tous les moyens d’expression, la photographie est le seul qui fixe un instant précis.”
Dixit Henri Cartier-Bresson en 1952.
Nous voilà devant cette problématique de l’instantané… pas forcément évidente à gérer !…
Qui n’a jamais eu l’impression de courir après une photo sans parvenir à la rattraper ? de saisir le bon moment tout en bâclant la composition ? de penser avoir une image et se rendre compte qu’il lui manque toujours un petit quelque chose ? d’attendre des heures pour ne rien récolter ?
Il me semble que l’on peut distinguer trois optiques différentes de prise de vue :
CHERCHER, SUIVRE ou ATTENDRE le SUJET.