Picasso à Brassaï :
« La photographie est venue à point pour libérer la peinture de toute littérature, de l’anecdote, et même du sujet. »
Je me demande bien ce qui viendra à point libérer la photographie…
Avez-vous déjà remarqué que c’est lorsque vous arrêtez de travailler que vous viennent vos meilleures idées ? Et c’est un scoop ! Un grand nombre de mes génialissimes trouvailles ;) ont vu le jour au petit coin… voire sous la douche.
J’ai remarqué que, de manière claire, vous réagissez bien plus au texte qu’aux images.
Ainsi, je regrette que nous n’engagions pas suffisamment le dialogue sur les photographies elles-même.
Parler d’une photo, ce n’est pas si facile !
Que dire ? Comment le dire ? Réfléchissons donc à cela ensemble, puis testez-le sur mes images !
La notion de « droit à l’image » n’est, bien entendu, pas contestable.
Chaque personne a un droit de regard sur son image. Il semble normal qu’une photo prise à la volée de vos enfants ne serve pas d’illustration magazine pour un article sur la pédophilie sans votre consentement !
Ceci dit, ce genre de situation extrême arrive rarement et, dans la vie courante, l’appréhension ressentie vis à vis des « porteurs d’appareils photo » n’est pas souvent justifiée.
Je suis convaincue que les gens défendent leur droit à l’image bien davantage par principe que pour des raisons réelles.
Le concept même d’instant décisif, cher aux amateurs de photographie, hérité de la photographie humaniste et des photo-reporters est parfois trompeur.
Cette idée met l’accent sur une certaine instantanéité de l’image. Il s’agit d’un moment précis à saisir grâce à l’appui sur le déclencheur. Ainsi, nous nous percevons à l’affut, traquant le sujet et déclenchant dans la foulée sur un labs de temps proche du soixantième de seconde.
Or la photographie n’est pas une discipline aussi instantanée qu’on le pense. Elle est faire d’anticipation, de réflexion… de patience et de persévérance.
J’ai l’impression que mon approche de la photographie évolue peu à peu…
Il y a quelques mois, quelques années, j’étais obsédée par une vision très globale de l’image. Je pensais composition, graphisme ; je voyais mes photographies comme un ensemble de formes, de lignes qui constituaient des objets, des lieux, des gens.
Cette manière assez personnelle de voir les choses est toujours présente bien sûr. Mais je décèle autre chose qui s’y rajoute, comme une épice vient relever la composition d’un plat. Depuis quelques mois (depuis que je travaille en diptyques ?), ma vision se complexifie pour s’intéresser à la fois aux lignes de constructions, aux points forts, mais aussi aux petits détails qui jalonnent l’image.
En fin de semaine dernière, l’un des derniers photographes humanistes, Willy Ronis, nous a quittés.
Dans la lignée de Robert Doisneau, Edouard Boubat, Henri Cartier-Bresson… Willy Ronis photographiait son temps.
Il photographiait les gens selon une tradition purement française.
En visionnant à nouveau ces images, je me suis demandé quels enseignements nous pouvions en tirer pour notre propre approche de la photographie. Que peut-on apprendre ou se remémorer des photographies de Willy Ronis que l’on puisse utiliser aujourd’hui dans notre propre pratique ?
Comme pour chacun des actes de la vie, faire de la photographie signifie faire des choix.
N’est-il pas formidable d’avoir le choix ?!
N’est-ce pas ce qui rend nos photographies réellement… subjectives ?!
Les choix, facilement identifiables, que font les photographes constituent la partie émergée de l’intention photographique.
Je vois des lignes, des formes, des couleurs…
J’imagine un fantôme, un héros en quête initiatique, un manoir oublié…
Mais…
Je vois aussi des affiches décollées, des mégots qui traînent, des tags sur les murs sales des villes…
Je croise des gens qui font leurs courses, des enfants qui sortent de l’école…
Comme vous le savez, je suis une fervente amatrice de forts contrastes…
Il me semble que le contraste donne une profondeur à l’image, que l’ambiance s’en trouve renforcée.
Mais il y a un hic dans cette histoire d’ambiance…
Le noir dramatise l’image.
La voilà donc renforcée, oui, mais presque toujours de sensations négatives.
Je regrette que cette profondeur dans l’image, cette intensité, ne puisse pas servir d’autres émotions que l’angoisse…
Ne pourrait-on pas trouver une autre expressivité dans ce fort contraste ?